Actualités 5 min de lecture Par Mathieu Blanchard
96 % des récifs coralliens menacés d'extinction d'ici 2075, alerte l'UICN
L'Union internationale pour la conservation de la nature classe 96 % des récifs coralliens mondiaux « en danger critique d'extinction » d'ici 2075. L'organisation estime qu'il reste une fenêtre de cinquante ans pour agir, à condition de réduire les émissions et de renforcer la protection des écosystèmes côtiers.
La quasi-totalité des récifs coralliens de la planète se trouve désormais exposée à un risque extrêmement élevé de disparition d'ici 2075. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a rendu publique cette évaluation, qui place 96 % des récifs coralliens mondiaux dans la catégorie « en danger critique d'extinction », le niveau de menace le plus élevé de son référentiel.
Le constat concerne les récifs d'eaux peu profondes, répartis dans l'ensemble des océans tropicaux et subtropicaux. Ces écosystèmes abritent environ un quart de toutes les espèces marines connues. Leur effondrement aurait des conséquences directes sur la biodiversité marine, mais aussi sur les populations côtières qui dépendent de la pêche, de la protection du littoral et des revenus liés au tourisme.
Le réchauffement climatique est identifié comme la cause principale de cette dégradation. La hausse de la température des océans, qui s'accompagne d'une acidification croissante des mers, multiplie la fréquence et l'intensité des épisodes de blanchissement. Ces épisodes, au cours desquels les coraux expulsent les algues symbiotiques qui leur fournissent leur couleur et une partie de leur énergie, peuvent entraîner la mort des colonies lorsque les températures restent élevées trop longtemps.
Les responsables de l'UICN refusent toutefois de présenter ce diagnostic comme une fatalité. « Le risque d'effondrement des récifs coralliens s'intensifie, mais cela doit constituer un signal d'alarme plutôt qu'une source de désespoir », a déclaré Mishal Gudka, responsable scientifique de l'évaluation des écosystèmes coralliens pour la Liste rouge de l'UICN. Il souligne que certains récifs ont montré « une capacité remarquable à se rétablir après des épisodes de blanchissement dévastateurs ».
La directrice générale de l'organisation, Grethel Aguilar, insiste sur la fenêtre d'action encore disponible. « Il n'est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir, mais cela nécessite une action décisive pour lutter contre les changements climatiques et enrayer le réchauffement des océans », a-t-elle affirmé. Selon elle, les cinquante prochaines années constituent une période critique pour mener des actions de conservation à grande échelle.
L'UICN identifie plusieurs leviers concrets : des réductions ambitieuses des émissions de gaz à effet de serre, des efforts accrus de protection et de restauration des récifs, ainsi qu'un investissement soutenu dans les écosystèmes côtiers résilients et dans les communautés qui en dépendent. Ces mesures supposent une coordination entre États, institutions scientifiques et acteurs locaux, alors que les engagements internationaux en faveur de la nature peinent à se traduire dans les faits.
L'alerte de l'UICN intervient dans un contexte de négociations difficiles sur la protection de la biodiversité. L'accord conclu en 2022 prévoit de protéger 30 % des terres et des mers mondiales d'ici 2030, mais les gouvernements tardent à mettre en œuvre leurs engagements, ce qui rend cet objectif de plus en plus difficile à atteindre. Les discussions en cours visent précisément à tenter de sauver ce cadre historique.
Pour les scientifiques, la situation des coraux constitue un indicateur avancé de l'état général des océans. Leur disparition progressive affecterait des chaînes alimentaires entières et réduirait la capacité des littoraux à amortir les tempêtes. À l'inverse, la restauration de récifs résilients est présentée comme un investissement utile pour les sociétés côtières, en particulier dans les régions où la sécurité alimentaire repose largement sur les ressources marines.
Le message porté par l'UICN reste donc double : le risque d'effondrement est massif et documenté, mais il n'est pas encore irréversible. La trajectoire des récifs coralliens au cours des cinquante prochaines années dépendra directement du rythme de réduction des émissions et de l'ampleur des moyens consacrés à leur protection.
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