Actualités 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Blocus des lycées : l'Iran dénonce une « violence disproportionnée » contre les manifestants
La diplomatie iranienne a condamné dimanche le recours à une « violence disproportionnée » contre le mouvement lycéen en France, sur fond de tensions bilatérales entre Paris et Téhéran.
La diplomatie iranienne s'est invitée dans le débat français sur le blocus des lycées. Dimanche 4 octobre, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a condamné le recours à une « violence disproportionnée » contre les manifestants, lors d'une conférence de presse à Téhéran. « Une telle violence disproportionnée contre les manifestants est injustifiable », a-t-il déclaré, ajoutant que « la France se doit de respecter les droits et libertés fondamentaux de ses citoyens ». Il a également jugé « préoccupantes » les informations faisant état de violences policières.
Le mouvement de protestation lycéen a débuté le 17 septembre en région parisienne avant de s'étendre progressivement à l'ensemble du territoire. La situation s'est enflammée jeudi dans de nombreuses villes de France. La journée de blocage de vendredi a été marquée par plus de 1 700 interpellations et des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants. Selon des décomptes ultérieurs, plus de 5 000 personnes ont été interpellées depuis le début de la mobilisation, et plus de 400 lycées ont été paralysés. Les organisateurs appellent à la poursuite du mouvement, faute de « mesures concrètes » obtenues.
Cette prise de position iranienne intervient dans un contexte de relations déjà tendues entre Paris et Téhéran. Il y a deux semaines, l'Iran a fermé sans préavis le Centre de langue française, un organisme lié à l'ambassade de France ouvert depuis plus de vingt ans, l'accusant d'« activités illégales ». En juillet, un incident impliquant deux diplomates français en poste à Téhéran avait déjà crispé les relations : le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait accusé l'Iran de les avoir « détenus sans raison pendant plusieurs heures » et d'en avoir « molesté » un. Téhéran avait rejeté cette version et interdit aux deux diplomates d'exercer sur son territoire.
L'Iran a lui-même été secoué l'hiver dernier par un vaste mouvement de contestation, initialement déclenché contre la hausse du coût de la vie avant de se muer en revendications politiques contre le pouvoir. Des ONG basées à l'étranger ont dénoncé une répression ayant fait des milliers de morts, tandis que le gouvernement iranien reconnaît plus de 3 000 morts pour les seuls 8 et 9 janvier, lors du pic du mouvement. Téhéran a imputé ces violences à des « actes terroristes » orchestrés par les États-Unis et Israël. À l'époque, le président français Emmanuel Macron avait condamné « la violence d'État qui frappe aveuglément » les manifestants iraniens.
En France, la mobilisation lycéenne continue de peser sur le débat politique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé à la reprise des cours et au dialogue, alors que plusieurs centaines de lycées devaient encore rester fermés lundi et qu'une nouvelle journée de mobilisation se profile mardi. Les partis de gauche et les syndicats enseignants ont annoncé qu'ils se joindraient au mouvement. De son côté, Christelle Morançais, présidente Horizons de la Région Pays de la Loire, a jugé les revendications des lycéens « légitimes » si elles s'expriment dans un cadre pacifique, tout en déplorant une « instrumentalisation » des jeunes par La France insoumise. Elle a posé comme préalable à toute discussion la fin du blocus des lycées.
Interrogée par l'AFP sur l'état des relations bilatérales, une source diplomatique iranienne avait déploré le mois dernier que la France, « pays des droits de l'Homme », soit « restée silencieuse » depuis le début de la guerre déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran. La condamnation iranienne du traitement des lycéens français s'inscrit ainsi dans un échange de critiques où chaque capitale invoque les droits fondamentaux pour interpeller l'autre.
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