Actualités 4 min de lecture Par Noémie Weber
Cécile Kohler et Jacques Paris racontent la « torture blanche » dans les geôles iraniennes
Dans un témoignage diffusé par « Envoyé spécial », les deux Français détenus près de quatre ans en Iran décrivent une méthode de privation sensorielle destinée à briser psychologiquement les prisonniers.
Cécile Kohler et Jacques Paris ont accepté de raconter devant les caméras d'« Envoyé spécial » ce qu'ils ont vécu pendant près de quatre ans de détention en Iran. Leur témoignage, diffusé par France 2, décrit une pratique que les autorités iraniennes réservent à certains prisonniers : la « torture blanche », une méthode de privation sensorielle et psychologique conçue pour briser l'esprit des détenus sans laisser de traces physiques visibles.
Présentés comme deux touristes « au mauvais endroit au mauvais moment », selon les termes employés dans le reportage, les deux Français ont été arrêtés lors d'un séjour en Iran et ont passé presque quatre années en détention arbitraire. Ils ont failli ne jamais revenir vivants de ce qui devait être des vacances. Leur libération, survenue après de longues négociations, a mis fin à une incarcération marquée par des conditions extrêmement dures, que les intéressés comparent à un système organisé de dégradation psychique.
La « torture blanche » consiste à isoler le détenu, à le priver de repères temporels et sensoriels, et à l'exposer à une monotonie calculée. « Vous devenez fou », résume Cécile Kohler dans l'entretien, citée par le reportage. Cette pratique, documentée par plusieurs organisations de défense des droits humains, vise à obtenir des aveux ou à punir des prisonniers sans recourir à des sévices visibles. Elle s'inscrit dans un dispositif plus large de pression psychologique utilisé par les autorités iraniennes contre les ressortissants étrangers et les opposants politiques.
Le témoignage des deux Français apporte un éclairage rare sur les méthodes employées dans les geôles iraniennes. Il intervient alors que plusieurs pays occidentaux continuent de réclamer la libération de leurs ressortissants détenus en Iran, souvent utilisés comme monnaie d'échange dans des négociations diplomatiques. Pour les familles et les soutiens des prisonniers, la diffusion de tels récits vise à maintenir la pression sur les autorités iraniennes et à rappeler que ces détentions arbitraires se poursuivent.
Le reportage d'« Envoyé spécial » ne se limite pas au cas de Cécile Kohler et Jacques Paris. Il replace leur expérience dans le contexte plus vaste des détentions arbitraires en Iran, où des dizaines de binationaux et d'étrangers sont privés de liberté dans des conditions opaques. Les deux anciens détenus décrivent également l'isolement, l'incertitude sur leur sort et la difficulté de conserver un équilibre mental face à un système pensé pour épuiser toute résistance.
Leur récit met en lumière une dimension souvent méconnue de la répression iranienne : celle qui ne laisse pas de marques sur le corps mais qui vise à détruire l'individu de l'intérieur. La « torture blanche » s'appuie sur la répétition, le silence et la dépossession de tout repère. Les deux Français expliquent comment cette méthode les a conduits au bord de la rupture psychique, avant que leur libération ne leur permette de témoigner publiquement.
Ce témoignage s'ajoute aux nombreuses prises de parole d'anciens détenus qui dénoncent depuis plusieurs années les pratiques des services de sécurité iraniens. Il pose aussi la question de la responsabilité des États dans la protection de leurs ressortissants à l'étranger et de la manière dont les otages sont utilisés dans les relations internationales. Pour Cécile Kohler et Jacques Paris, l'objectif est désormais de faire connaître ce qu'ils ont subi et d'alerter sur le sort de ceux qui restent emprisonnés.
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