Actualités 3 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Ceuta : un rapport de la police espagnole met en cause la « permissivité » des policiers marocains
Un rapport du Centre national de l'immigration et des frontières espagnol pointe l'attitude des forces de l'ordre marocaines lors de la crise migratoire de Ceuta fin juillet, sans toutefois établir une organisation par Rabat. Le document fragilise la version du gouvernement espagnol.
Un rapport interne de la police espagnole, rendu public cette semaine, met en cause l'attitude des forces de l'ordre marocaines lors de la crise migratoire qui a frappé l'enclave de Ceuta les 30 et 31 juillet. Le document, émanant du Centre national de l'immigration et des frontières, évoque une « totale permissivité » des policiers marocains et un « déploiement sensiblement plus réduit que d'ordinaire » le long de la frontière, selon des extraits cités par plusieurs médias espagnols et français.
Sans établir formellement que le Maroc ait organisé l'arrivée massive de migrants, le rapport sème le doute sur le rôle des autorités marocaines dans cet afflux. Des milliers de personnes ont profité de cette fenêtre pour traverser la frontière, submergeant les capacités d'accueil de la ville, qui compte environ 80 000 habitants. Des images diffusées sur place montrent des groupes de migrants franchissant les barrières ou longeant le littoral, certains étant orientés vers la mer pour contourner les postes de contrôle, selon le document.
Ce rapport fragilise la version défendue jusqu'ici par le gouvernement espagnol, qui avait salué la coopération de Rabat pour résoudre la crise. Il intervient dans un contexte diplomatique tendu. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a d'ailleurs convoqué l'ambassadrice marocaine à Madrid après des déclarations jugées « inacceptables » par l'exécutif espagnol concernant Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles d'Afrique du Nord. Lors d'une session parlementaire tenue le 3 septembre, Pedro Sánchez a abordé la question de la « traversée massive » de migrants vers Ceuta, réaffirmant la souveraineté espagnole sur ces territoires.
Le rapport pointe également un contraste saisissant entre le comportement des forces marocaines lors de ces deux journées et leur vigilance habituelle. Les auteurs du document estiment que cette réduction du dispositif policier ne peut être le fruit du hasard, sans pour autant conclure à une instrumentalisation délibérée de la migration par le Maroc. Cette nuance n'empêche pas le document d'alimenter les critiques de l'opposition espagnole, qui réclame des explications sur la gestion de cette frontière extérieure de l'Union européenne.
La crise de fin juillet avait déjà conduit à un renforcement temporaire des contrôles et à un retour progressif des migrants vers le Maroc. Les autorités espagnoles avaient alors mis en avant une coopération « fluide » avec Rabat. Ce nouveau rapport, qui émane pourtant des services de l'État, contredit en partie ce récit officiel et relance le débat sur la gestion des frontières et la pression migratoire aux portes de l'Europe.




