Actualités 6 min de lecture Par Noémie Weber
Guerre en Ukraine : les robots terrestres transforment la logistique et le combat sur le front
Le 3e corps ukrainien a largué des robots terrestres kamikazes depuis des drones, une première mondiale revendiquée. L'usage des UGV s'accélère des deux côtés du front, avec des objectifs de production massive et des questions sur l'autonomie.
Le 3e corps ukrainien a revendiqué une première mondiale : le largage par des drones de petits robots terrestres kamikazes, envoyés détruire des cibles russes au sol lors de l'opération « Vivaldi » autour de Lyman, dans le nord du Donbass. L'opération, menée le 15 septembre, illustre une accélération spectaculaire de l'usage des véhicules terrestres sans pilote (UGV) dans la guerre en Ukraine, des deux côtés du front.
« L'avantage de cette manœuvre est que cela permet au drone terrestre de ne pas consommer de batterie pour aller jusqu'à sa zone d'action », explique Stéphane Audrand, spécialiste de la maîtrise des risques internationaux. Le robot peut ainsi pénétrer plus profondément derrière les lignes ennemies, effectuer de la reconnaissance au ras du sol, du déminage de précision, voire tendre des embuscades avec des mini-mines. Cette interopérabilité croissante entre drones et robots est soulignée par Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques de Shark Robotics, qui a livré une quarantaine de robots Colossus à la Sécurité civile ukrainienne en 2025. « On se sert de plus en plus du drone soit comme relais du signal radio pour le robot, soit pour le guider, qui peut à tout moment perdre de vue sa cible », détaille-t-il.
Le recours aux robots terrestres s'accélère depuis 2025. Toujours dans le cadre de l'opération « Vivaldi », d'autres robots du 3e corps ont « dégagé » 30 kilomètres de route en direction de Shandrygolovye, selon le site spécialisé Militarnyi. Les systèmes robotisés assureraient actuellement la neutralisation d'environ 60 % des mines antipersonnel dans la zone de combat de cette unité. Le président Volodymyr Zelensky a fixé un objectif d'au moins 50 000 robots, ou UGV, déployés en 2026. Le ministère de la Défense ukrainien indiquait en juillet dernier avoir « passé commande de plus de 22 000 UGV » depuis le début de l'année, « soit le double du total de l'année dernière ».
Les chiffres illustrent cette montée en puissance. Toujours selon le ministère, les unités des Forces ukrainiennes « ont mené plus de 16 600 missions de logistique et d'évacuation à l'aide de systèmes robotisés terrestres » rien qu'au mois de juin dernier, « une augmentation de 18,6 % par rapport à mai et de 122 % par rapport à janvier ». Plus de 200 entreprises fabriquent désormais des plateformes robotiques en Ukraine, et des centaines de prototypes ont été testées dans le cadre du programme Brave1, qui finance des start-up et des industriels de la défense. Rien qu'en 2026, 67 nouveaux modèles ont été homologués et autorisés pour un usage opérationnel.
« Depuis un an, il y a une frénésie de robots terrestres sur le front, mais on relève aussi un fort taux de perte », souligne Stéphane Audrand. « Le grand enjeu pour les Ukrainiens est de déporter les missions dangereuses de logistique et de soutien — ce qui va du ravitaillement de première ligne à l'évacuation de blessés — pour les confier à des robots. » Un rapport de la commission de défense du Sénat de juillet 2026 confirme cette tendance : sur le front ukrainien, « 47 % des missions de logistique sont assurées par des robots » contre seulement « 12 % des missions de combat ».
L'un des derniers modèles à avoir rejoint le front est le Varkhan, de la société ukrainienne Air3F. Avec une vitesse de 20 km/h, une autonomie de 72 heures et une charge maximale de 300 kg, il peut transporter des munitions, livrer des médicaments, de l'eau ou des provisions. Côté russe, le Kurier est actuellement l'un des robots régulièrement observés sur le champ de bataille, selon Militarnyi. Si son rôle principal reste cantonné à la logistique, il peut également être armé de mitrailleuses ou de lance-grenades automatiques.
« La raison principale de la forte augmentation des robots sur le front ukrainien est liée à l'augmentation du nombre de drones FPV, ces drones tueurs de combattants qui rôdent dans la kill zone de 30-40 km », analyse Bruno Cruchant. « Chaque mission réalisée par un robot épargne ainsi un soldat ukrainien, mais le robot ne remplace pas pour autant l'homme, dans le sens où il reste piloté par un humain, qui opère plusieurs dizaines de kilomètres en arrière du front. »
La question d'une plus grande autonomie de ces robots se pose toutefois, ce qui permettrait à un humain de piloter non plus une seule machine, mais un essaim de robots. « Nous travaillons en ce sens, assure Bruno Cruchant, c'est pourquoi nous nous sommes alliés à un roboticien ukrainien, Tencore, qui a déjà déployé plusieurs milliers de robots sur le front, pour innover ensemble à destination de l'Ukraine, mais aussi des forces armées d'autres pays, dont la France, sachant que les attentes des autres pays sont, elles, très tournées vers l'autonomie du robot. » En France, le programme Pendragon de l'Amiad (Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense) souhaite développer en interne des algorithmes d'autonomie pour ces engins.
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