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Le pape Léon XIV opéré d'un nodule cancéreux au poumon

Le pape Léon XIV a subi mardi une intervention chirurgicale réussie pour l'ablation du lobe inférieur droit du poumon, après la découverte d'un nodule cancéreux. Le Vatican a confirmé mercredi une évolution postopératoire normale. Cette communication encadrée autour de la santé du souverain pontife relève d'un enjeu à la fois médical, politique et géopolitique.

Le pape Léon XIV opéré d'un nodule cancéreux au poumon
Pourquoi la communication sur la santé du pape Léon XIV est-elle une affaire d’Etat ?

Le pape Léon XIV a été opéré mardi après-midi à l'hôpital universitaire Gemelli de Rome pour l'ablation du lobe inférieur droit du poumon, après la découverte d'un nodule cancéreux. L'intervention, réalisée sous anesthésie générale, a été qualifiée de « succès » par les médecins, selon un communiqué diffusé par le Vatican. Le souverain pontife, qui dirige quelque 1,4 milliard de catholiques dans le monde, devait rester hospitalisé environ une semaine. Tous ses rendez-vous ont été annulés jusqu'au 20 octobre.

Mercredi 14 octobre, au lendemain de l'opération, le Vatican a confirmé « une évolution postopératoire normale » de l'état de Léon XIV, après une nuit « tranquille » à l'hôpital Gemelli. Des examens sont en cours pour déterminer si la maladie s'est propagée à d'autres organes. Le pape a entamé sa convalescence à Rome, alors que son long voyage prévu le mois prochain en Uruguay, en Argentine et au Pérou n'a pas été officiellement annulé. Le souverain pontife y est particulièrement attendu au Pérou, où il a été missionnaire et évêque pendant une vingtaine d'années.

Cette opération met en lumière la manière dont la santé des papes est aujourd'hui communiquée. Autrefois protégée par le secret d'État, elle fait désormais l'objet d'une communication encadrée, à l'ère des médias en continu et de l'exposition permanente des dirigeants. Pour François Mabille, chercheur associé à l'IRIS et directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux, cette évolution s'inscrit dans « un processus de transparence qui, dans le domaine religieux, ici catholique, suit le processus que l'on connaît dans les sociétés occidentales et démocratiques concernant l'état de santé des leaders politiques ».

Cette transparence s'impose d'autant plus que l'agenda pontifical rend toute dissimulation impossible. Les voyages du pape, ses interventions publiques et sa médiatisation l'exposent en permanence. Sauf à vouloir « nier l'évidence, ce qui fut pourtant le cas avec [la maladie de] Jean-Paul II », rappelle le spécialiste, la réalité des problèmes de santé contraint les services de presse du Vatican et l'hôpital où il est soigné à adopter « une communication plus proche des réalités dans le respect des droits du patient ».

Au sein du Vatican, l'état de santé du pape est bien plus qu'une chronique médicale : c'est un paramètre central de la vie de l'institution. La diffusion de bulletins de santé précis répond à une volonté stratégique, souligne François Mabille. Il s'agit de « maîtriser la communication plutôt que d'avoir à gérer des rumeurs, des indiscrétions, etc. » Malgré cette volonté de transparence, les tensions et les spéculations autour d'une succession ou d'une éventuelle renonciation ne sont pas neutralisées. « Quelle que soit la communication, avance le chercheur, la santé du pape est un problème à la fois organisationnel et politique, qui ouvre de facto une période d'incertitude pour le Saint-Siège et au moins pendant quelques semaines, d'affaiblissement du pape dans une Église qui demeure soumise à des dissensions internes. »

La santé du pape est également observée sur la scène internationale, notamment en raison de ses prises de position en faveur du multilatéralisme et de ses positions perçues comme anti-Donald Trump. Selon François Mabille, deux grands acteurs géopolitiques y sont très attentifs. « Il est évident que le gouvernement américain ne peut que suivre avec attention cette situation, au moment où des enquêtes américaines montrent une perte de 3 % des électeurs catholiques chez Donald Trump. » De l'autre côté de l'océan, « la Russie doit également regarder de près, puisque au début septembre, le pape avait envoyé son numéro 3, monseigneur Gallagher, en mission de médiation à Moscou », rappelle le professeur. Cette visite constitue la première d'un si haut responsable du Vatican à Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, et vise à préserver un canal de communication direct avec le Kremlin.

L'opération du pape Léon XIV intervient dans un contexte où la communication sur la santé des dirigeants religieux est devenue un enjeu à part entière, entre impératifs médicaux, attentes des fidèles et réalités géopolitiques. Le Vatican devra désormais gérer cette période d'incertitude tout en préparant la convalescence du souverain pontife et en maintenant, autant que possible, les engagements internationaux du Saint-Siège.

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Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Mathieu Blanchard couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.