Actualités 4 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Les interdictions de manifester se multiplient en France avant le 24 octobre
À l'approche du 24 octobre, les préfectures restreignent ou interdisent les manifestations à Paris, Lyon, Nice, Marseille, Toulon et Orléans. La justice a toutefois annulé jeudi l'interdiction d'un cortège étudiant dans la capitale.
Les préfectures multiplient les arrêtés restrictifs à l'approche du samedi 24 octobre. À Paris, un seul des deux parcours demandés a été autorisé. À Lyon, Nice, Marseille, Toulon et Rouen, plusieurs manifestations prévues n'ont pas reçu l'aval des autorités, selon les informations recueillies auprès des préfectures et des organisateurs.
À Orléans, le préfet du Loiret, Hugues Moutouh, a annoncé jeudi que 20 000 à 30 000 personnes venues de toute la France sont attendues samedi pour des mobilisations contre le congrès du Rassemblement national. Il a interdit tout rassemblement dimanche pour des raisons de sécurité. Près de 3 000 membres des forces de l'ordre seront déployés durant le week-end.
Cette politique de restriction est soutenue par Emmanuel Macron. Elle intervient après les manifestations du 17 octobre, qui ont réuni entre 550 000 et 800 000 personnes partout en France et ont été marquées par des violences urbaines, notamment des vitrines brisées et des magasins pillés.
La justice a cependant infligé un revers à cette stratégie. Jeudi, le tribunal administratif a retoqué l'interdiction d'un cortège étudiant prévu le jour même dans la capitale. Cette décision rappelle que les arrêtés préfectoraux restent soumis au contrôle du juge et que la liberté de manifester demeure un principe constitutionnel.
Pour éviter un nouveau fiasco sécuritaire, le ministère de l'Intérieur a décidé d'employer les grands moyens. Les policiers du Raid seront déployés en renfort des compagnies de CRS et des escadrons de gendarmerie mobile. Sur le papier, l'initiative se veut rassurante. Sur le terrain, elle fait grincer des dents jusqu'au sein de l'institution policière, qui redoute d'envoyer ces agents d'élite au casse-pipe opérationnel et judiciaire.
Légalement, la place Beauvau s'appuie sur un arrêté du 5 janvier 2011. Le texte précise que le Raid peut intervenir « à l'occasion de troubles graves à l'ordre public nécessitant l'utilisation de techniques et de moyens spécifiques ». Dans les faits, c'est avant tout un outil de dissuasion. « Il y a un message politique qui est envoyé », décrypte Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat UN1TÉ. « Cela peut susciter de l'inquiétude chez ceux qui seraient susceptibles de vouloir semer la pagaille, tentés par l'idée de casser ou de piller les magasins. »
Un constat partagé par Bruno Pomart, ancien instructeur du Raid et président du cercle de réflexion Initiative sécurité intérieure, qui reconnaît ce fort « impact psychologique ». « Il faut se donner tous les moyens face aux récents événements, il est impossible de laisser faire ça », tranche-t-il. « Face à des groupuscules, des black blocs très organisés, il faut pouvoir avoir une réponse apportée par des unités qui viennent en renfort des compagnies d'intervention. »
Mais intimider n'est pas manœuvrer. Au milieu de la foule et des gaz lacrymogènes, la présence de ces unités suréquipées interroge. « Ce n'est pas leur cœur de métier », rappelle Linda Kebbab. Les syndicats de police s'inquiètent notamment des conséquences juridiques d'une intervention du Raid en cas de débordements, alors que les forces de l'ordre sont déjà sous pression après les violences du 17 octobre.
Les interdictions préfectorales, qui varient selon les villes, dessinent une géographie contrastée du droit de manifester. Si certaines municipalités autorisent des parcours réduits, d'autres optent pour une interdiction totale. Cette multiplication des arrêtés pourrait alimenter la contestation et nourrir les recours devant les tribunaux administratifs, comme l'a montré la décision de jeudi à Paris.
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