Actualités 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Madagascar : un an après la révolte de la Gen Z, des avancées et des promesses non tenues
Un an après les manifestations déclenchées par les coupures d'eau et d'électricité, le départ d'Andry Rajoelina et l'arrivée des militaires au pouvoir, les jeunes Malgaches restent divisés entre espoir d'avancées et sentiment de trahison. Les attentes portent sur les services essentiels, les libertés, la justice pour les victimes et la sortie de la transition.
Un an après le soulèvement qui a conduit au départ du président Andry Rajoelina et à l'arrivée des militaires au pouvoir, la jeunesse malgache reste partagée sur le bilan de son mouvement. Le 25 septembre 2025, des jeunes descendaient dans les rues pour réclamer d'abord de l'eau et de l'électricité, avant que la colère sociale ne se transforme en contestation politique. Aujourd'hui, certains anciens manifestants évoquent des avancées concrètes, tandis que d'autres se disent trahis par ceux qui ont récupéré les fruits de leur mobilisation.
Les revendications initiales portaient sur l'accès aux services essentiels, dans un contexte de pénuries récurrentes. La mobilisation a rapidement dépassé le cadre des simples doléances matérielles pour remettre en cause l'ordre politique en place. La pression populaire a abouti à la chute d'Andry Rajoelina et à l'installation d'une autorité militaire, ouvrant une période de transition dont l'issue demeure incertaine. Un an plus tard, les attentes restent fortes sur la fourniture d'eau et d'électricité, mais aussi sur le respect des libertés publiques et la tenue d'élections.
La question de la justice pour les victimes des violences constitue un point de crispation majeur. Des manifestants blessés ou tués lors de la répression attendent toujours que les responsabilités soient établies. Pour une partie de la jeunesse, l'absence de poursuites contre les auteurs de ces actes alimente le sentiment d'une révolution confisquée par les nouvelles autorités. D'autres estiment que le simple fait d'avoir provoqué un changement de régime représente une victoire, même imparfaite.
La sortie de la transition reste l'autre grand chantier. Les militaires au pouvoir n'ont pas encore fixé de calendrier précis pour un retour à un ordre constitutionnel, ce qui nourrit les inquiétudes. Les organisations de la société civile et une partie des anciens protestataires réclament des échéances claires et un processus inclusif. Le think tank Diapason, par la voix de son président et cofondateur Tin Rakotomalala, analyse les dynamiques à l'œuvre et les rapports de force qui structurent cette période.
Sur le terrain, les avancées revendiquées par certains restent difficiles à mesurer. L'amélioration de la desserte en eau et en électricité demeure inégale selon les régions, et les coupures persistent dans plusieurs quartiers. Les libertés d'expression et de réunion, mises à mal pendant la répression, n'ont pas retrouvé leur niveau antérieur. Des journalistes et des militants font état de pressions, ce qui contredit l'idée d'une ouverture démocratique durable.
La jeunesse malgache, souvent désignée sous le terme de Gen Z, a démontré sa capacité à se mobiliser massivement et à faire tomber un pouvoir. Mais la traduction de cette énergie en transformation politique structurelle reste en suspens. Entre cooptation par les nouvelles autorités et désillusion, une partie des leaders du mouvement a choisi de se retirer de la vie publique, tandis que d'autres tentent de peser sur les débats. La question de savoir si cette génération parviendra à imposer ses exigences de transparence et de justice reste ouverte.
Un an après, le bilan est donc contrasté. La chute d'Andry Rajoelina constitue un fait majeur, mais les attentes en matière de services essentiels, de libertés et de justice ne sont pas satisfaites. La transition militaire, dont la durée n'est pas définie, entretient l'incertitude. Pour de nombreux jeunes Malgaches, la révolution n'est ni totalement confisquée ni pleinement accomplie : elle se poursuit dans un rapport de force incertain, où les promesses de changement se heurtent à la réalité du pouvoir.
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