Actualités 3 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Un porc-épic observé près de Menton, une première en France
Un porc-épic a été filmé fin septembre à Castellar, dans les Alpes-Maritimes. La mairie y voit une première nationale, tandis que les naturalistes restent prudents sur les causes de cette apparition.
Un porc-épic a été filmé fin septembre sur la commune de Castellar, dans les Alpes-Maritimes, à quelques kilomètres de Menton. La mairie a rendu publique cette observation samedi, la présentant comme une « première absolue en France ». L'animal, un mammifère au dos couvert de piquants, n'avait jamais été formellement observé sur le territoire français métropolitain.
« Présent en Italie voisine depuis l'Antiquité et observé depuis de nombreuses années tout près de nos frontières alpines, le porc-épic a enfin franchi le pas », indique la municipalité au-dessus de la vidéo. Elle y voit « une excellente nouvelle » dans un contexte où les alertes sur l'érosion de la biodiversité se multiplient, y lisant le signe d'une « reconquête progressive de nouveaux habitats par la grande faune sauvage ».
L'espèce est originaire du nord de l'Afrique. Elle a été introduite par l'homme dans la moitié sud de la péninsule italienne il y a environ 1 500 ans, rappelle Lucas Benaiche, naturaliste indépendant en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le porc-épic se serait ensuite développé dans le nord de l'Italie entre les années 1970 et 1980, à une époque où les effets du réchauffement climatique étaient déjà connus, sans que l'expert puisse établir de lien de cause à effet certain entre la hausse des températures et cette progression.
Pour lui, le climat provençal et azuréen, proche des conditions italiennes, est en revanche « tout à fait propice » à une implantation durable de l'espèce. L'arrivée du porc-épic en France ne surprend donc pas les spécialistes, même si les raisons exactes de sa présence restent discutées.
Olivier Gerriet, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Nice, invite lui aussi à la prudence. « Il ne s'agit pas forcément d'une histoire de réchauffement climatique », estime-t-il. L'apparition de l'animal peut dépendre du comportement de l'espèce, mais aussi d'une meilleure gestion des milieux naturels, notamment de la mise en place de corridors biologiques qui facilitent les déplacements de la faune.
Les deux spécialistes évoquent également l'hypothèse d'un « individu isolé », capable de parcourir de plus longues distances que ses congénères. Une telle observation ne signifierait pas nécessairement que l'espèce s'installera en France dans les prochaines années. Olivier Gerriet mentionne encore la piste d'une « translocation », c'est-à-dire d'un déplacement de l'animal par l'homme, tout en la jugeant peu probable compte tenu de la taille de l'espèce et de ses piquants.
L'observation de Castellar reste donc, pour l'heure, un événement isolé. Elle illustre en tout cas la porosité de la frontière alpine aux espèces sauvages venues d'Italie, dans un contexte de transformation des milieux et de réchauffement climatique qui modifie progressivement les aires de répartition de la faune européenne.
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