Culture 4 min de lecture Par Pauline Delorme
« Digger » : Tom Cruise en magnat du pétrole dans la satire d'Alejandro González Iñárritu
Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu signe « Digger », une satire ambitieuse portée par un Tom Cruise méconnaissable en homme d'affaires psychopathe. Le film sort en salles ce mercredi 30 septembre 2026.
Tom Cruise change de registre. Dans « Digger », le nouveau film d'Alejandro González Iñárritu, l'acteur américain incarne Digger Rockwell, un homme d'affaires mégalomane et psychopathe qui exploite le pétrole en Alaska avec une indifférence totale pour l'environnement comme pour ses employés. Le long-métrage sort en salles ce mercredi 30 septembre 2026, distribué par Warner.
Le personnage, vulgaire et grande gueule, ne se préoccupe que de son félin hors d'âge, une chatte blanche cacochyme. Son intelligence se résume à sa réussite financière, et son réseau ne compte que de vieux mâles blancs comme lui, à l'image d'un président des États-Unis moribond interprété par John Goodman, ou de factotums qu'il humilie, dont un scientifique consterné joué par Riz Ahmed. Pour le cinéaste, il ne s'agit pas d'une caricature mais d'un archétype dont on peut croiser des exemplaires dans le monde entier.
Les premières scènes donnent l'impression d'assister à une satire appuyée. Mais ce serait mal connaître les artistes en présence que d'imaginer qu'ils s'en tiennent à une démonstration aussi éléphantesque. Le réalisateur de « Birdman » et de « The Revenant » ménage ses effets pour offrir un très grand spectacle intelligent, stimulant et souvent drôle, qui interroge nos responsabilités individuelles et collectives ainsi que le rôle de l'art dans nos vies.
« Digger » est d'autant plus réjouissant si le spectateur ignore ce qui se passe après sa première demi-heure. Le film tient certainement la route si l'on connaît son « twist », mais la vision n'en est que plus jouissive si la surprise est totale. Comme bien des films aux partis pris narratifs forts, il gagne à être découvert sans rien savoir de son déroulement.
Pour Tom Cruise, ce rôle marque un tournant. L'acteur de 62 ans, habitué aux cascades dangereuses et à une image de jeunisme flamboyant, va ici à l'encontre de ce qu'il projette depuis des années. Maquillé comme un compte de campagne de politicien véreux, il fait oublier le beau gosse sauvant le monde avec classe pour devenir une ordure d'un beau gabarit qu'on prend un immense plaisir à détester. Son cabotinage décomplexé a ses raisons, et son excellence dans un rôle qui rappelle un peu celui du gourou masculiniste qu'il tenait dans « Magnolia » de Paul Thomas Anderson donne une idée de la qualité de sa prestation.
Pour la première fois, Tom Cruise se positionne politiquement à travers un rôle. Cette fable brillante ne mâche ni ses mots ni ses images pour mettre en garde contre les hommes d'affaires cupides détruisant notre planète et eux-mêmes par-dessus le marché. « Digger » parle de notre avenir sans concession, avec un brio qui donne envie de retourner en salle pour en saisir toutes les subtilités tant il nous remue profondément.
Le film s'inscrit dans la lignée des œuvres ambitieuses du cinéaste mexicain aux cinq Oscars, après « Birdman » et « The Revenant ». Il déploie une mise en abyme qui invite à réfléchir sur le rapport ambigu des humains à la réalité. Cette satire du monde d'aujourd'hui, portée par la démesure, est magistralement servie par l'interprétation de Tom Cruise.
La sortie de « Digger » coïncide avec une semaine chargée pour les salles obscures, où l'on retrouve notamment Swann Arlaud dans « Notre Salut », Sandrine Bonnaire dans « Le Monde à l'envers », ainsi que « Naza », « Mémoire de fille », « Melpomène », « Le Chant des oliviers », « L'idée qu'on s'en faisait », « Un hiver russe » et « Aprile » de Nanni Moretti. Autant de propositions qui témoignent de la vitalité du cinéma en cette rentrée.
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