Économie 4 min de lecture Par Pauline Delorme
En Grèce, les touristes américains affluent après L'Odyssée de Nolan
Portées par le film L'Odyssée de Christopher Nolan, les réservations de vols depuis les États-Unis vers la Grèce ont bondi de 151 %. Athènes mise sur cette clientèle premium pour équilibrer son modèle touristique.
Les liaisons aériennes directes entre les États-Unis et Athènes sont passées de 83 vols hebdomadaires à l'été 2025 à 102 en 2026, et les avions se remplissent sans difficulté. La raison tient en partie à un blockbuster : L'Odyssée, de Christopher Nolan, qui a provoqué une hausse de 151 % des réservations de vols depuis les États-Unis dans les semaines suivant sa sortie. L'île d'Ithaque affiche complet pour la saison, avec un taux d'occupation historique, et anticipe déjà de renouveler ce succès l'an prochain face au nombre de déçus cet été. Le phénomène amuse d'autant plus que le réalisateur n'a tourné aucune scène sur place.
À Athènes, les Américains sont devenus la première nationalité touristique. L'« Odyssey-mania » se mesure aussi sur les téléphones : les achats d'e-SIM en Grèce ont augmenté de 72 % par rapport à l'été précédent. Pour Emilia Stamatopoulou, guide touristique dans la capitale, le cinéma hollywoodien familiarise depuis longtemps les étrangers avec l'histoire grecque. « Hollywood aide depuis longtemps notre pays », explique-t-elle, citant 300, Troie ou Mamma Mia ! pour appréhender une culture complexe. Cet été, sa clientèle était composée à 50 % d'Américains, un public « chaleureux, enthousiaste, curieux… et qui donne des pourboires ». Presque tous ont vu le film et posent de nombreuses questions sur Ulysse et la mythologie, ce qui l'oblige à adapter en partie ses visites, notamment à Mycènes.
Dans les rues d'Athènes, l'Américain est omniprésent, en famille ou en groupes, entre visites historiques et achats. Samantha, venue flâner pendant sa retraite, trouve à la ville des airs de Californie du Sud : « La même météo, les mêmes collines, les mêmes plantes », avec en plus, au pied de l'Acropole, « des ruines anciennes ». Un tel afflux aurait pu aggraver le surtourisme d'un pays qui accueille chaque année quarante millions de visiteurs, soit quatre fois sa population. Le ministère du Tourisme y voit plutôt une solution : miser sur un public « premium », moins nombreux mais plus dépensier. Des quotas de 20 000 visiteurs par jour ont été instaurés à l'Acropole et une taxe de débarquement de vingt euros a été mise en place sur les îles comme Santorin ou Mykonos.
Le calcul économique est simple. Un touriste américain dépense en moyenne 1 200 dollars en Grèce, contre 500 dollars pour un visiteur européen. Une clientèle entièrement américaine permettrait donc de diviser par deux le nombre de touristes sans perdre de recettes. Zoï, gérante de locations de type Airbnb, résume : « On peut augmenter drastiquement le prix des chambres, ils viennent quand même. C'est peut-être la population qui va sauver le pays. » La culture du pourboire change aussi la donne pour les salariés grecs, souvent payés autour de 900 euros par mois. Alexandra, serveuse, a vu sa paie « quasiment doubler » en août. « Et pour eux, ça ne coûte rien », souligne-t-elle, alors que le salaire moyen américain est cinq fois plus élevé qu'en Grèce.
Le touriste européen, lui, souffre de la comparaison : séjours plus courts, moins de pourboires, voyages low-cost. Eleni, serveuse à Athènes, rêve parfois d'un pub rempli uniquement de clients américains : « Les Américains, ils consomment, ils paient, et ils s'en vont. » Ce basculement vers une clientèle plus riche s'inscrit dans une tendance déjà observée ailleurs, comme au Mexique après la sortie du film Coco, où l'État d'Oaxaca avait enregistré des hausses de fréquentation de 20 à 30 % dans les années suivant le film Disney. En Grèce, l'effet Nolan pourrait bien durer plus longtemps qu'une saison estivale.
6




