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Économie 6 min de lecture Par

L'industrie automobile se rapproche de la Défense pour produire des drones de combat

En France, les partenariats entre équipementiers automobiles et industriels de la défense se multiplient pour produire à grande échelle des drones militaires, une alliance qui pourrait atteindre 60 000 unités par an.

L'industrie automobile se rapproche de la Défense pour produire des drones de combat
L’industrie automobile et la Défense se rapprochent pour faire des drones militaires ? Une alliance naturelle

Les rapprochements entre l'industrie automobile et le secteur de la défense se multiplient en France, portés par la nécessité de produire massivement des drones de combat dans un contexte de fortes tensions internationales. Dernier exemple en date : le missilier MBDA et l'équipementier automobile Forvia ont conclu un partenariat pour produire en série des drones intercepteurs de type Shahed, avec une capacité annoncée de 1 000 unités par mois. Forvia serait également candidat pour fabriquer le Deluge, le drone kamikaze de MBDA, capable de parcourir 500 kilomètres à 400 km/h.

Cette dynamique n'est pas isolée. Renault, qui collabore déjà avec Turgis & Gaillard pour développer un drone à longue portée, a annoncé en juin une association avec Thales pour industrialiser la production du drone kamikaze Toutatis, avec un objectif pouvant atteindre 1 000 unités par mois à partir de 2027. L'ensemble de ces partenariats pourrait permettre d'atteindre 60 000 unités par an en France, selon les projections des acteurs du secteur.

Pourquoi ces deux mondes se rapprochent-ils ? « L'industrie automobile occidentale est en crise majeure parce qu'elle a raté le tournant de l'électrification, ainsi que la montée de la concurrence chinoise », analyse Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. « Cette industrie sait qu'elle est condamnée à se reconfigurer de manière drastique et parallèlement, il y a un mouvement de réarmement européen, avec beaucoup d'argent sur la table à aller chercher. » L'industrie automobile maîtrise par ailleurs « très bien la scalabilité et la production de masse, et des procédés comme la plasturgie de pointe, que l'industrie de défense ne maîtrise pas bien », poursuit-il. « Cela fait donc sens qu'elle revienne dans ce domaine. »

Pierre Paturel, spécialiste des filières industrielles au sein du cabinet Xerfi, abonde : « La défense était devenue une industrie quasi artisanale ces dernières décennies. Elle fait face à un changement brutal de son marché et s'adapte. » Il cite l'exemple de MBDA, qui a annoncé des investissements massifs, dont la création d'une nouvelle usine en France pour fabriquer des composants de missiles. « Mais pour la production de drones, le missilier devra s'appuyer sur l'industrie automobile, où il y a de la capacité de production puisque le secteur est en crise. »

L'expert tempère toutefois l'ampleur du phénomène : avec quelques dizaines de milliers de drones par an, « on n'est pas encore dans de la production de masse ». Et il prévient : « On ne va pas sauver l'industrie automobile française avec cela. En revanche, communiquer sur une diversification vers le drone, c'est porteur pour le cours en Bourse, tandis que certains sites industriels vont peut-être pouvoir se maintenir grâce à cette diversification. »

Cette alliance n'est pas une première. Stéphane Audrand rappelle que l'automobile et la défense sont historiquement liées. L'industrie de défense européenne « a émergé du secteur privé à la fin du XIXe siècle, avant de se séparer de l'industrie civile à partir des années 1960 ». Jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'État possédait ses propres arsenaux pour fabriquer canons et fusils. « Mais quand arrive la révolution industrielle, l'État n'arrive plus à suivre et se tourne vers le privé pour fabriquer de l'artillerie moderne, de nouveaux véhicules… Il y a alors une hybridation entre les arsenaux publics et les industries civiles, qui va être exacerbée par la Première Guerre mondiale. »

Renault est, selon ce spécialiste, « le parfait exemple de ce qu'il s'est passé un peu partout en Europe ». En 1914, l'entreprise est civile, fabriquant des voitures, quand Louis Renault se tourne vers l'armée pour produire des obus, des véhicules, des moteurs, et conçoit le char moderne. Pendant l'Entre-deux-Guerres, elle reste duale, puis, après la Seconde Guerre mondiale, son activité militaire est progressivement filialisée, jusqu'à devenir Arquus, racheté il y a deux ans par le Belge Cockerill. Renault s'est ainsi complètement défait de ses fabrications militaires, comme quasiment toute l'industrie automobile européenne, avant de renouer aujourd'hui avec le secteur.

À qui serviront ces drones ? « Ils partent en grande partie en Ukraine », assure Pierre Paturel. « Le reste peut servir à faire de l'entraînement et constituer un stock. » Mais le secteur évolue à très grande vitesse : un modèle peut être dépassé en moins de six mois. « C'est pour cela que c'est un produit que l'on ne peut pas stocker en masse, car il perd rapidement de sa valeur. » Toutefois, en lançant des chaînes de production, « on peut monter très vite en cadence si jamais on devait entrer en guerre ».

L'industrie automobile pourrait-elle fabriquer d'autres matériels pour la défense ? Renault et Thales ont également signé un partenariat pour la fabrication du 4Troop, un véhicule tactique hyperconnecté. « Mais à court terme, je ne vois pas d'autres partenariats », conclut l'expert.

8Vues

Rémi Lefèvre

Auteur

Reporter sport

Rémi Lefèvre couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.