Politique 5 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Après les violences du 17 octobre, l'allocution de Macron jugée « irresponsable » par les oppositions et les syndicats
Emmanuel Macron a promis fermeté et réunions à Matignon après les violences en marge des manifestations du 17 octobre, sans répondre aux revendications sur la vie chère et les services publics. Son allocution a suscité une vague de critiques, y compris dans son propre camp.
Emmanuel Macron a pris la parole dimanche soir pour réagir aux violences et aux saccages de commerces et de bâtiments publics survenus la veille dans plusieurs grandes villes de France, en marge des manifestations du 17 octobre. Une allocution courte, sans annonces majeures, qui a immédiatement suscité une vague de critiques chez les responsables politiques et syndicaux, y compris au sein de la majorité.
Le chef de l'État a promis de la fermeté et annoncé des réunions dans les prochains jours à Matignon. Il n'a en revanche fait aucune annonce sur les revendications portées par les manifestants, qu'il s'agisse de la lutte contre la vie chère ou de la défense des services publics. Une absence de réponse qui a dominé les réactions.
« J'aurais préféré, comme des millions de Français, des décisions et des initiatives permettant le retour à l'ordre et le rétablissement de l'autorité de l'État », a interpellé son ancien Premier ministre Édouard Philippe sur le réseau social X, tout en lui reconnaissant « une volonté louable de rétablir le dialogue ». La critique de l'ancien chef du gouvernement, désormais à la tête d'Horizons, illustre la difficulté du président à convaincre jusque dans son propre camp.
À gauche, la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, aurait « aimé entendre le président amorcer le début d'un commencement de mea culpa ». Sur LCI, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a jugé « absolument irresponsable de prendre la parole ce soir pour ne rien dire » face aux manifestants, en soulignant que « les revendications demeurent ce soir ». Un peu plus tôt, Jean-Luc Mélenchon avait mis en garde contre tout « pourrissement » et appelé au « blocage des prix », à « 10 milliards » d'investissements dans l'éducation et à la suppression de Parcoursup.
À l'autre extrémité de l'échiquier politique, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a fustigé une « lamentable allocution » et un pouvoir qui « n'a plus rien à dire aux Français, plus rien à leur proposer ». Marine Le Pen avait de son côté dépeint « une crise profonde de confiance, d'autorité », « une menace sur la démocratie » et un « pouvoir macroniste […] épuisé ». Le président de LR, Bruno Retailleau, a appelé à l'instauration de l'état d'urgence avant de critiquer un Emmanuel Macron qui « apparaît totalement dépassé, incapable d'opposer la force de l'État à la chienlit qui menace la République ».
Les syndicats ont également exprimé leur déception. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a affirmé qu'Emmanuel Macron « n'a rien compris à ce qui se passe dans le pays ». « Le problème dans son discours de ce dimanche soir, c'est qu'il ne fait aucune annonce concrète pour répondre à la mobilisation des jeunes, à la vie chère ou au déclassement des services publics et à la multiplication des licenciements », a-t-elle souligné. La CGT avait appelé à participer aux manifestations du 17 octobre aux côtés de gilets jaunes, de jeunes et de militants du climat.
Dans l'éducation, la secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, a déploré qu'Emmanuel Macron n'ait « rien avancé de concret » pour l'Éducation. « À ce stade de la crise lycéenne, et plus généralement démocratique, c'est irresponsable et dangereux », a-t-elle estimé, rappelant que les lycéens sont mobilisés depuis bientôt un mois avec le soutien du syndicat. « Il y a une forme d'irresponsabilité à jouer la montre, en renvoyant les réponses à plus tard, tout en sermonnant les corps intermédiaires », a-t-elle ajouté.
Les gilets jaunes, co-organisateurs de la journée de mobilisation de samedi qui a tourné au chaos dans plusieurs villes, ont dénoncé dimanche soir un « discours vide » et demandé à être reçus à l'Élysée avec des représentantes de divers secteurs mobilisés. Une demande qui intervient alors que le président a promis des réunions à Matignon dans les prochains jours, sans préciser quels interlocuteurs seraient associés à ces discussions.
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