Politique 4 min de lecture Par Noémie Weber
Présidentielle 2027 : des applis pour choisir son candidat, mais une vigilance de mise
À sept mois du premier tour, une dizaine d'applications proposent aux électeurs indécis de trouver le candidat le plus proche de leurs idées. Leur neutralité est toutefois questionnée, certains concepteurs étant liés à des formations politiques.
À sept mois du premier tour de l'élection présidentielle de 2027, les candidatures se multiplient — une trentaine de prétendants sont déjà lancés dans la course aux parrainages — et les électeurs indécis peinent parfois à distinguer les programmes. Pour les aider, une petite dizaine d'applications sont déjà disponibles sur les stores d'Apple et de Google. Leur principe : proposer des propositions réelles de candidats, que l'utilisateur valide ou rejette, avant de découvrir à la fin quel prétendant est le plus proche de ses convictions.
La plupart de ces outils adoptent une approche ludique, inspirée des applications de rencontre. « Je me suis rendu compte que beaucoup de gens, surtout des jeunes, ne votaient plus pour des idées, mais pour des personnes », explique Louis Coudière, créateur de l'application « Presid. ». Pour ce Lyonnais de 20 ans, étudiant en école de commerce, cette personnalisation de la politique est particulièrement marquée chez « les gros partis dotés d'une importante puissance de communication sur les réseaux ». Son application agrège 410 propositions émanant d'une vingtaine de candidats, réparties en sept thématiques. Certains prétendants, comme Francis Lalanne, n'y figurent pas encore faute d'un nombre suffisant de propositions, ce qui risquerait de les désavantager.
Les applications ne couvrent pas toutes l'intégralité des programmes, mais les principales têtes d'affiche des grands partis y sont généralement représentées. Lors d'un test mené sur « Presid. », « Politeo » et « Votons », le même candidat est ressorti comme le plus proche des réponses fournies, un résultat qui a surpris la rédaction. Le fondateur de « Presid. » assure avoir reçu de nombreux retours étonnés d'utilisateurs.
Ces outils ne sont pas neutres par nature, prévient le politologue Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille : « il faut faire attention à qui il y a derrière ces applications, que ce ne soit pas un moyen détourné d'orienter les électeurs vers tel ou tel candidat ». Si Louis Coudière se revendique « neutre politiquement », tout en reconnaissant « des convictions comme tout le monde », et que les fondateurs de « Votons » promettent « une ligne apolitique et impartiale », la situation est différente pour « Néogora ». Cette application est dirigée par un jeune homme élu conseiller municipal sous la bannière LR dans une ville du Val-de-Marne. Elle se présente comme « un outil pédagogique et non partisan », mais c'est aussi la seule testée qui exige la création d'un compte et procède à la collecte de données personnelles.
Le recours à ces applications intervient dans un contexte où les électeurs sont déjà exposés à de nombreux signaux, parfois contradictoires. Les sondages publiés à l'approche du scrutin donnent Marine Le Pen largement en tête, tandis que plusieurs candidats se tiennent dans un mouchoir de poche pour le second tour. Les militants de certains prétendants, comme David Lisnard, maire de Cannes, jugent leur champion sous-estimé dans les enquêtes d'opinion et redoublent d'efforts sur les réseaux sociaux pour gagner en notoriété. Dans ce paysage saturé d'informations, les applications de matching politique peuvent sembler pratiques, mais elles ne remplacent ni la lecture des programmes ni la vigilance sur les intentions de leurs concepteurs.
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