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À Bourges, les « gilets jaunes » tentent un retour en ordre dispersé

Cinq ans après le rassemblement record de janvier 2019, Bourges a accueilli samedi une nouvelle mobilisation des « gilets jaunes ». Le cortège a réuni environ 2 400 personnes selon la CGT, loin du pic de 6 000 manifestants de 2019, dans un mouvement désormais coorganisé par des syndicats et rejoint par d'autres causes.

À Bourges, les « gilets jaunes » tentent un retour en ordre dispersé
Mobilisation du 17 octobre : A Bourges, ville symbole des « gilets jaunes », le mouvement tente son grand retour

Bourges a retrouvé samedi le rôle de point de ralliement des « gilets jaunes », cinq ans après le rassemblement qui avait fait de la préfecture du Cher le deuxième épicentre du mouvement, avec plus de 6 000 personnes le 12 janvier 2019. Cette fois, la mobilisation a réuni environ 2 400 manifestants selon la CGT, soit un peu plus d'un tiers du pic historique, place Seraucourt.

La journée avait pourtant mal commencé. Une demi-heure avant le rendez-vous, la place choisie comme point de départ sonnait creux, et plusieurs observateurs craignaient un échec. Les appels à la mobilisation étaient rares, les horaires divergents et des rendez-vous étaient organisés dans d'autres communes voisines. Le lieu s'est finalement rempli de plusieurs centaines de personnes, avant que le cortège ne grossisse au fil de la matinée.

Parmi les participants, certains avaient déjà manifesté en 2018-2019. Bruno, 43 ans, rappelle l'équation qui avait lancé le mouvement : un litre de carburant à 1,50 euro à l'époque, contre un euro de plus aujourd'hui. « C'est normal de revenir ici. On attendait que ça », se réjouit-il. D'autres, comme Cécile, ont revêtu un gilet jaune pour la première fois. « Tout est encore pire qu'il y a cinq ans. On en a vraiment marre, je ne pouvais pas ne pas y aller », explique-t-elle.

La mobilisation a aussi été marquée par la présence de lycéens et de jeunes manifestants, fréquemment cités dans le cortège. « On ne va pas laisser les jeunes se bouger seuls à notre place. C'est à nous aussi de protester. Nos enfants se font tabasser et nous, on aurait peur de sortir un samedi ? », s'indigne Bruno. Un sentiment partagé par plusieurs participants, qui voient dans cette journée une occasion de relayer les colères de la jeunesse.

Mais le mouvement a changé. Benoît, ouvrier de 52 ans, s'irrite d'entendre plus de « Siamo tutti antifascisti » et de « Free Palestine » que de slogans sur le prix de l'essence. « À l'époque, on avait une seule revendication : le pouvoir d'achat. Ça devrait amplement suffire à nous rassembler. J'ai peur qu'on soit inaudibles à force de parler de tout », regrette-t-il, tout en se disant « de gauche ». Les gilets jaunes eux-mêmes étaient minoritaires dans le cortège, et un stand sur Gaza était installé à côté du rond-point.

Louis, 42 ans, gilet jaune de la première heure, déplore « la surreprésentation des drapeaux LFI et des syndicats », la journée étant coorganisée par la CGT. « Avant, les gilets jaunes étaient un mouvement purement populaire. Du peuple directement par le peuple. C'est triste de passer par tant de relais aujourd'hui », estime-t-il. Il regrette aussi le manque de coups de klaxon des automobilistes, seuls quelques-uns ayant encouragé le cortège. « Avant, on avait toute la France avec nous, même ceux qui n'osaient pas manifester. Aujourd'hui, à force de défaites, les gens sont apathiques. »

D'autres participants assument au contraire la convergence des luttes. Salomé, venue avec son compagnon et leur chien, explique : « Les gilets jaunes sont là pour l'essence, moi, c'est plutôt pour défendre les services publics et notamment la santé. Il faut plus de moyens. » Une diversité de revendications qui divise les manifestants, entre volonté de retrouver l'unité autour du pouvoir d'achat et ouverture à d'autres causes.

En fin de journée, le cortège est revenu bloquer symboliquement le rond-point de la place Seraucourt, en souvenir des débuts du mouvement. Le speaker de la CGT a annoncé 2 400 personnes présentes dans la journée. Un chiffre loin des 6 000 manifestants de janvier 2019, mais qui permet à Louis de nuancer son amertume : « Tout n'est pas parfait, bien sûr, et on est loin d'avoir retrouvé les gilets jaunes d'autrefois. Mais je préfère une mobilisation imparfaite à pas de mobilisation du tout. C'est au moins un bon début. »

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Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Mathieu Blanchard couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.