Société 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Arrêts maladie : le gouvernement veut moins protéger les arrêts courts
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a écrit aux partenaires sociaux pour négocier une réforme structurelle de la prise en charge des arrêts maladie, visant un milliard d'euros d'économies d'ici le 19 décembre.
Le gouvernement français veut réformer en profondeur la prise en charge des arrêts maladie. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé jeudi vouloir « moins protéger les arrêts courts » tout en « mieux protéger les arrêts longs », avec un double objectif affiché : « mieux soigner » les salariés et « se battre contre les abus ».
Dans une lettre adressée la semaine dernière aux partenaires sociaux, le ministre les appelle à trouver, d'ici le 19 décembre, un accord sur une « réforme structurelle » du système. L'enjeu financier est considérable : le gouvernement espère ainsi réaliser un milliard d'euros d'économies sur les dépenses de l'Assurance maladie.
Interrogé sur TF1, Jean-Pierre Farandou a détaillé le « cahier des charges » qu'il propose aux syndicats et au patronat. « Moins protéger les arrêts courts, pour qu'il y ait moins d'arrêts courts, mieux protéger les arrêts longs », a-t-il résumé, soulignant que « trois millions de salariés dans notre pays sont mal protégés », citant notamment le cas des intérimaires.
Les chiffres avancés par le ministère expliquent cette volonté de réforme. Le nombre d'arrêts maladie indemnisés a augmenté de 10 % en quelques années, pour atteindre neuf millions en 2025. Le coût total pour l'Assurance maladie s'élève à 17,9 milliards d'euros. Face à cette dynamique, le ministre plaide pour une approche qui consiste à « dépenser moins et dépenser mieux ».
Sur les arrêts de longue durée, la stratégie du gouvernement repose sur une meilleure prise en charge médicale. « L'idée est de mieux soigner les gens pour qu'ils puissent plus rapidement revenir travailler », a expliqué Jean-Pierre Farandou. Il s'agit donc de raccourcir les périodes d'arrêt en améliorant le suivi médical, plutôt qu'en réduisant les droits des salariés concernés.
En parallèle, le ministre insiste sur la nécessité de lutter contre les abus. « Il faut se battre contre les abus, parce que ces abus font mal aux finances », a-t-il déclaré. Cette lutte contre la fraude et les arrêts injustifiés constitue l'un des piliers de la réforme envisagée, même si le ministre n'a pas précisé l'ampleur exacte de ces abus dans le système actuel.
Le gouvernement souhaite également impliquer davantage les entreprises. Jean-Pierre Farandou a ainsi appelé à « responsabiliser aussi les entreprises pour la prévention ». Cette dimension préventive vise à réduire en amont les risques professionnels et les arrêts de travail qui en découlent, en associant les employeurs à l'effort collectif.
La négociation avec les partenaires sociaux s'annonce délicate. Les organisations syndicales devraient accueillir avec prudence une réforme qui touche à la protection des salariés en cas de maladie. Le délai fixé au 19 décembre laisse moins de deux mois aux différentes parties pour parvenir à un accord sur un sujet sensible, alors que le gouvernement cherche à réaliser des économies substantielles dans un contexte budgétaire contraint.
Cette réforme s'inscrit dans un contexte plus large de maîtrise des dépenses de santé et de sécurité sociale. Le montant de 17,9 milliards d'euros pour les seuls arrêts maladie représente un poste de dépense majeur pour l'Assurance maladie, en croissance continue depuis plusieurs années. Le gouvernement entend donc agir sur plusieurs leviers simultanément : la durée des arrêts courts, la prise en charge des arrêts longs, la lutte contre les abus et la prévention en entreprise.
Les partenaires sociaux ont désormais la responsabilité de négocier les modalités concrètes de cette réforme. Leur accord, s'il est trouvé, devra concilier l'objectif d'économies avec la nécessaire protection des salariés, en particulier les plus vulnérables comme les intérimaires. Le calendrier serré et l'ampleur des sommes en jeu font de cette négociation un test important pour la méthode du gouvernement en matière de dialogue social.
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