Société 5 min de lecture Par Noémie Weber
Blocus des lycées : le ministre de l'Éducation visite un établissement dégradé près de Bordeaux sans rencontrer les élèves
Édouard Geffray s'est rendu au lycée des Iris à Lormont, une semaine après des dégradations estimées à 150 000 euros. Les enseignants dénoncent un déplacement verrouillé et l'invisibilisation des élèves mobilisés.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, s'est rendu ce jeudi au lycée des Iris de Lormont, près de Bordeaux, une semaine après des dégradations commises en marge de la mobilisation lycéenne. Le préjudice est évalué à 150 000 euros. Lors de cette visite rapide, le ministre n'a rencontré aucun élève, les forces de l'ordre ayant selon des enseignants empêché tout échange avec les jeunes mobilisés.
« Je vous remercie car il n'y a eu aucun blessé alors qu'il s'agissait d'une attaque d'une extrême violence », a déclaré le ministre aux personnels de l'établissement. Il a également salué le fait que « la destruction de matériels qui auraient été très difficilement réparables » ait été évitée, soulignant que « des centaines d'élèves auraient été laissés-pour-compte ». Le ministre a qualifié les auteurs des dégradations de « criminels », tout en affirmant que « le vrai dialogue est partout : dans les établissements, au niveau académique et au niveau national avec les élus lycéens et la plateforme ». Il a promis que ce dialogue « a déjà débouché sur certains actes et il y en aura d'autres dans les jours à venir », citant une visioconférence avec les organisations lycéennes prévue le jour même à 17h30.
Le proviseur du lycée, Thierry Malewicz, a tenu à nuancer la responsabilité des élèves : « Les responsables ne sont pas forcément des élèves. Leurs revendications ont été écoutées et entendues, tout a été fait pour que ce dialogue lycéen puisse avoir lieu et là, on se heurte effectivement à une frange de trente individus qui ont dégradé l'établissement. Ils ne sont pas dans le dialogue. »
La question de la fermeture préventive des établissements divise. Le lycée des Iris est resté ouvert malgré les appels à la casse sur les réseaux sociaux, contrairement à d'autres comme Elie-Faure, également à Lormont. « Au lycée des Iris, le proviseur a maintenu ouvert malgré l'avis des enseignants, dans le contexte d'appels à la casse sur les réseaux sociaux », témoigne Maëlle, professeure d'histoire-géographie. « Et en fait, il y a eu de la casse. »
Mercredi matin, un incendie de poubelles a endommagé la façade et le portail du lycée des Métiers La Ruche, un établissement privé professionnel sous contrat d'association situé à Bordeaux. La Ruche était fermée préventivement depuis le 2 octobre, avec des cours en distanciel. Sa cheffe d'établissement, Isabelle Polidano, visiblement bouleversée, a confié : « Ce n'est pas facile, on subit des choses et on essaie tellement de porter nos établissements et il est difficile de pouvoir aller contre ce qui nous arrive. » Le ministre lui a demandé de « tenir bon ».
À quelques centaines de mètres des Iris, les élèves du lycée Elie-Faure ont tenté d'attirer l'attention du ministre pour échanger. « Mais des cars de CRS les ont cachés », rapporte Maëlle. « Ils manifestaient peut-être pour la première fois et on les a vraiment complètement invisibilisés. » François, professeur de sciences économiques et sociales, renchérit : « Je peux vous dire qu'il y a plusieurs centaines d'adolescents de Lormont qui ont vu ce que c'était la liberté d'expression aux yeux de ce gouvernement. » Les enseignants insistent sur le caractère pacifique de la mobilisation de jeudi matin, sans aucun débordement.
« Je ne sais pas combien de forces de l'ordre ont pu être mobilisées, juste pour que monsieur le ministre vienne voir les quelques dégâts matériels », s'indigne François. « Les dégâts matériels et humains ne datent pas de la semaine dernière mais sont anciens, ils sont le fait de la politique menée par ce gouvernement. »
La mobilisation lycéenne, qui en est à sa sixième journée nationale, se poursuit dans plusieurs villes. À Nantes, sept adolescents ont été interpellés à leur domicile tôt jeudi matin pour l'incendie de la façade du lycée privé Talensac, où les flammes avaient détruit les portes d'entrée. À Toulouse, certains établissements restent bloqués tandis que d'autres affichent un calme plat. En Gironde, un lycée privé a été fermé jusqu'à nouvel ordre après un incendie volontaire, qualifié de « traumatisme pour tous ».
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