Société 4 min de lecture Par Noémie Weber
Fonctionnaires mobilisés contre le gel du point d'indice et la perte de pouvoir d'achat
Des dizaines de milliers d'agents publics ont manifesté à Paris pour dénoncer le gel du point d'indice et des fins de mois de plus en plus difficiles. AESH, agents pénitentiaires, infirmières et professeurs racontent un quotidien sous tension, entre inflation et salaires stagnants.
Des dizaines de milliers d'agents publics ont défilé à Paris pour alerter sur la dégradation de leurs conditions de vie et de travail. Selon le ministère de l'Intérieur, 30 000 personnes ont participé au cortège parisien, un chiffre que les syndicats portent à 70 000. Partout dans le défilé, une même revendication revenait : la revalorisation du point d'indice, gelé par le gouvernement dans le projet de budget 2027.
« Services publics à l'os, payes et moyens idem », pouvait-on lire sur une pancarte de tête du groupe CGT, mené notamment par la secrétaire générale du syndicat, Sophie Binet. Dans le cortège, les professeurs côtoyaient les personnels de santé, des finances publiques, des services judiciaires ou encore de la police. Tous dénoncent un pouvoir d'achat qui s'effrite sous l'effet de l'inflation et de la hausse du prix du carburant.
Annie, 56 ans, est accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) dans les Hauts-de-Seine. Avec 1 300 euros net par mois, elle explique ne plus arriver à boucler ses fins de mois. « Je dois faire 30 kilomètres matin et soir pour aller dans mon établissement. Avec le litre à plus de 2 euros 20, ça revient très cher », déplore-t-elle. Elle a réduit ses dépenses au maximum, jusqu'à devoir contracter un prêt de 200 euros pour terminer le mois. « Ce n'est quand même pas normal de se lever pour aller travailler, de se priver, et d'avoir quand même besoin d'un prêt à la fin du mois », s'exclame-t-elle.
Icham, 32 ans, agent pénitentiaire titulaire dans une maison d'arrêt francilienne depuis six ans, perçoit environ 2 500 euros net par mois, primes comprises. Il dénonce un salaire de base trop faible, masqué par les primes. « Le problème, c'est que mon salaire réel dépend aussi de tout ce que je fais en plus. Si je veux maintenir mon niveau de revenus, je dois prendre des heures supplémentaires. Mais ça veut dire moins de temps pour moi et surtout avec mon fils qui a 6 mois », raconte-t-il. « Ce n'est pas un caprice de demander une revalorisation de nos salaires », insiste-t-il.
Du côté de la CFDT, les personnels de santé ont reproduit sur des pancartes les fenêtres recouvertes de couvertures de survie qui avaient illustré le manque de moyens des hôpitaux durant la canicule. Tania, 44 ans, infirmière titulaire depuis une dizaine d'années dans un hôpital public parisien, perçoit un peu moins de 2 000 euros net par mois. « Je regarde davantage les prix, je prends moins de produits que je considère comme superflus. Ce n'est pas forcément spectaculaire, mais à la fin du mois, la différence se voit », constate-t-elle. « Si les prix continuent d'augmenter et que le salaire ne suit pas, soit je réduis mes dépenses, soit je travaille davantage. Et les deux ne sont pas vraiment des solutions. »
Dans le cortège UNSA, Eloi, 39 ans, professeur des écoles en Seine-Saint-Denis depuis une dizaine d'années, touche environ 2 400 euros net par mois. Avec deux enfants en région parisienne, il dit devoir surveiller ses dépenses de plus en plus attentivement. « Une dépense imprévue qui restait avant une dépense imprévue. Aujourd'hui, elle peut déséquilibrer tout le mois », explique-t-il. Avec ses collègues, il porte à tour de rôle une pancarte sur laquelle est inscrit : « Où est mon point d'indice ? »
Les pompiers se sont également joints au cortège dès la place de la Bastille, avant que la manifestation ne se termine place de la Nation. Après cette mobilisation, les syndicats espèrent peser sur les arbitrages du gouvernement pour le prochain budget, dont la présentation est prévue ce jeudi. Sophie Binet a prévenu : « Tant que les revendications n'ont pas été entendues, on continue à se mobiliser. »
5




