Société 5 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Mobilisation des lycéens : 625 interpellations, trois enquêtes de l'IGPN et une plateforme de concertation annoncée
La colère des lycéens se poursuit en France avec 356 établissements touchés mercredi. Le gouvernement annonce une plateforme de concertation alors que l'USL appelle à un « acte 2 » jeudi.
La mobilisation des lycéens contre le manque de moyens, les difficultés de remplacement des enseignants et la dégradation des conditions d'apprentissage s'est poursuivie mercredi dans toute la France, touchant 356 établissements, contre 338 la veille à la même heure. Le mouvement, lancé il y a environ une semaine dans plusieurs lycées de banlieue parisienne, s'est étendu à l'ensemble du territoire, selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur.
La journée de mercredi a été marquée par 625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés, a indiqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Depuis le début de la mobilisation, 119 personnes ont également été blessées du côté de l'Éducation nationale, dont 34 membres du personnel. Trois enquêtes ont été confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) après des blessures de lycéens lors de blocages à Sevran, Saint-Ouen-l'Aumône et Tours. Dans cette dernière ville, un jeune homme blessé à la tête a été hospitalisé et ses lésions sont « compatibles » avec un tir de LBD, selon le procureur.
Face à la poursuite du mouvement, le ministre de l'Éducation nationale Edouard Geffray a annoncé l'ouverture, lundi ou mardi matin au plus tard, d'une « plateforme de concertation ». L'objectif est de permettre aux lycéens de « retrouver la capacité à exprimer, dans un cadre démocratique organisé, leurs revendications ». Un « événement de restitution nationale » doit ensuite être organisé afin d'apporter « des réponses structurées ». Le ministre promet également d'être « transparent sur les demandes » et « sur les réponses ». Les recteurs doivent par ailleurs réunir dans les 48 heures les conseils académiques de la vie lycéenne, et les proviseurs sont invités à convoquer une réunion extraordinaire des conseils d'administration et, si nécessaire, des conseils de la vie lycéenne. « Il faut impérativement que nos élèves puissent retrouver le chemin des cours, notamment tous ceux qui en sont empêchés », a déclaré Edouard Geffray.
Le président de la République Emmanuel Macron, en déplacement à Madrid, a déclaré comprendre « les angoisses parfois, les colères que notre jeunesse peut avoir », tout en estimant qu'« aucune de ces craintes ne légitime la violence ». Il visait notamment les responsables de La France insoumise, qui soutiennent la mobilisation. Jean-Luc Mélenchon a assuré mercredi sur X que « les Insoumis appellent à la non-violence des méthodes de lutte ». De son côté, Laurent Nuñez a affirmé que les forces de l'ordre étaient intervenues « avec beaucoup de proportionnalité ».
Les organisations lycéennes et étudiantes maintiennent la pression. Le président de l'Union syndicale lycéenne (USL), Ryad Rani, a dénoncé le « mépris », la « répression du gouvernement » et la « violence inouïe » des forces de l'ordre envers les lycéens. L'USL a appelé à un « acte deux » jeudi, avant une nouvelle journée d'action prévue le 6 octobre. La Fage, l'Union étudiante et l'Unef soutiennent également la mobilisation et appellent à des manifestations et des blocages. La secrétaire générale de l'Union étudiante, Eloise Lefebvre-Milon, réclame un investissement « massif » dans les lycées et les universités et accuse Emmanuel Macron de profiter de « sa dernière année pour finir la casse des services publics ».
Sur le terrain, les motivations des élèves restent centrées sur leurs conditions d'étude. « On ne cautionne pas la casse, nous, on est vraiment venus pour défendre nos droits, parce qu'on a des horaires terribles, on fait des 08h00-18h00 et c'est pas normal », a expliqué Juan, élève du lycée Montbello à Lille. Le mouvement, qui a donné lieu à de nombreux blocages et débordements, continue de se tendre à travers le pays, alors que le gouvernement tente d'ouvrir un canal de dialogue avec les représentants lycéens.
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