Société 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Propos antisémites et racistes : ces personnalités rattrapées par leur passé
L'enquête de Mediapart sur Jordan Bardella relance un phénomène récurrent : des personnalités publiques rattrapées par des propos racistes, antisémites ou homophobes tenus des années plus tôt. Tour d'horizon de ces affaires qui ont marqué la vie publique française.
L'enquête de Mediapart révélant des propos antisémites et complotistes que Jordan Bardella aurait tenus dans sa jeunesse a relancé une question récurrente dans le débat public français : que faire des mots du passé d'une personnalité publique ? Le président du Rassemblement national nie les faits, et c'est vraisemblablement à la justice de trancher. Mais avant lui, plusieurs figures ont vu leur image se fissurer lorsque des propos anciens ont refait surface.
En 2017, le chroniqueur Mehdi Meklat, connu pour ses contributions au Bondy Blog, a été rattrapé par des dizaines de messages publiés entre 2011 et 2015 sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps. Des tweets antisémites, homophobes, injurieux et misogynes, dont l'un appelait à « faire entrer Hitler pour tuer les juifs ». Les publications ont été exhumées alors qu'il était invité d'une émission littéraire pour promouvoir son second livre. Mehdi Meklat s'est ensuite excusé sur Facebook, avant d'expliquer dans Télérama que Marcelin Deschamps était un personnage de « fiction », un « travail littéraire, artistique » qui l'avait « dépassé ».
La même année, l'actrice Oulaya Amamra a été confrontée à des tweets racistes et homophobes qu'elle avait écrits six ans plus tôt, à l'âge de 14 ans. Leur résurgence est intervenue au moment même où elle venait de recevoir le César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans Divines, réalisé par Houda Benyamina. Pour toute explication, elle a affirmé que l'on « dit un peu tous des bêtises à 14 ans », assurant avoir « évolué » depuis.
Le monde du sport n'est pas épargné. Le 9 août 2024, l'athlète français Hugo Hay devait disputer la finale olympique du 5 000 m au Stade de France. Quelques heures plus tôt, des internautes avaient fouillé l'historique de son compte X et découvert plusieurs publications racistes ou antisémites datant de 2014 à 2019, selon L'Équipe. L'athlète n'a pas nié et a présenté ses excuses sur le réseau même où il avait péché, écrivant qu'il était « profondément désolé » et qu'il avait « terriblement honte » de ces propos qu'il n'aurait jamais dû « écrire malgré [son] jeune âge ».
Certaines polémiques ne portent pas sur des écrits mais sur des images ou des ouvrages. En 2005, la publication de La Mauvaise Vie, livre autobiographique de Frédéric Mitterrand, avait suscité la controverse. Quatre ans plus tard, alors qu'il était ministre de la Culture, Marine Le Pen avait ressorti un extrait de l'ouvrage lors d'un débat télévisé, l'accusant ouvertement de pédophilie. La polémique prenant de l'ampleur, Frédéric Mitterrand avait dénoncé la confusion faite entre homosexualité et pédophilie, martelant qu'il n'avait « jamais » eu de relation avec des mineurs.
En juillet 2024, c'est une photographie qui a coûté sa candidature à Ludivine Daoudi, candidate du Rassemblement national dans la 1re circonscription du Calvados. Sur l'image, révélée par Ici Normandie, elle posait en portant une casquette de sous-officier nazi. Elle a retiré sa candidature peu après. Le délégué départemental du RN avait alors reconnu une photo « de mauvais goût », prise « il y a bien longtemps », avant qu'elle ne rejoigne le parti.
Le premier influenceur français, Tibo InShape, n'a pas non plus été épargné. En 2012, alors âgé de 20 ans et connu seulement dans son quartier, il avait écrit sur Facebook : « Un noir réélu, le mariage des homosexuels adopté. Ce ne sera pas une journée facile. » Douze ans plus tard, il s'est expliqué sur Brut au sujet de ses publications aux relents racistes et homophobes, reconnaissant une « blague raciste », de « l'humour noir » destiné à ses amis, qu'il juge aujourd'hui « nul » et « un peu limite ».
Enfin, en 2002, un reportage diffusé sur Canal+ montrait Isabelle Balkany, épouse de l'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, lançant à un employé d'origine vietnamienne du service du courrier de la mairie : « Grain de riz, va donner mon téléphone à Patrick. » La phrase était passée relativement inaperçue à l'époque, mais sa rediffusion sur LCP en 2020, lors d'un débat consacré au racisme anti-asiatique, a provoqué une vive polémique. L'intéressée s'est défendue en invoquant « l'humour », arguant que l'homme était « petit et maigrichon ».
Ces affaires illustrent une tendance de fond : la résurgence régulière de propos anciens, exhumés par des internautes ou des journalistes, souvent au moment où une personnalité accède à une visibilité nouvelle. Elles posent la question de la responsabilité des mots, de leur permanence en ligne et de la possibilité, ou non, d'une évolution personnelle.
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