Société 4 min de lecture Par Rémi Lefèvre
SOS Faune Sauvage Bretagne, le « SAMU des animaux », menacé de fermeture faute de financements
Lancée en 2024, la plateforme téléphonique unique en France qui centralise les appels sur la faune sauvage en détresse a enregistré plus de 30 000 sollicitations cette année. Ses financements européens s'arrêtent au printemps et la LPO Bretagne cherche 30 000 euros pour poursuivre son activité.
La plateforme SOS Faune Sauvage Bretagne, qui centralise depuis 2024 les appels concernant des animaux sauvages blessés ou en difficulté, pourrait fermer ses portes au printemps prochain. Le dispositif, unique en France, arrive au terme des financements européens qui le soutenaient depuis son lancement. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Bretagne, qui le pilote, a lancé une campagne de financement participatif pour tenter de récolter 30 000 euros et sauver l'année 2027.
Le service a pourtant fait la preuve de son utilité. En 2025, il avait recueilli 28 000 appels. À la fin du mois d'août cette année, il en comptait déjà plus de 30 000, avec des pics allant jusqu'à 850 appels par jour pendant les canicules, contre 300 au maximum les années précédentes. « On monte en puissance tous les ans, ce qui prouve l'utilité de ce dispositif », souligne Olivier Retail, directeur de la LPO Bretagne.
L'été a en effet été particulièrement meurtrier pour la faune sauvage. Les vagues de chaleur et la sécheresse ont provoqué une hécatombe dans les élevages, mais aussi parmi les oiseaux, les hérissons et les chauves-souris, victimes de déshydratation ou de stress thermique. Les martinets et les hirondelles, qui nichent sous les toits, ont été les plus exposés. « Il faisait tellement chaud que les oisillons quittaient le nid et tombaient au sol sans savoir voler », raconte Olivier Retail. « C'était la panique totale, car on était submergés d'appels et les centres de soins étaient saturés. »
En France, la prise en charge de la faune sauvage en détresse ne relève pas du service public. Elle incombe à une centaine de centres de soins agréés, souvent gérés par des associations. La Bretagne n'en compte que trois : le centre de la station LPO de l'Île-Grande, dans les Côtes-d'Armor, celui de l'association Piafs à Languidic, dans le Morbihan, et celui ouvert en 2023 par Sea Shepherd à Kernascléden, également dans le Morbihan. « C'est trop peu pour la région, ils sont saturés », constate le directeur de la LPO Bretagne.
Pour les soulager, l'association a imaginé une hotline animée par des professionnels, sept jours sur sept. Ces derniers filtrent les appels en analysant chaque situation, comme le ferait un SAMU. Dans la moitié des cas, les conseils prodigués permettent de relâcher l'animal sans intervention extérieure. Pour d'autres, quelques gestes simples suffisent, à condition d'avoir reçu le feu vert d'un professionnel. Si l'animal est trop mal en point, les médiateurs demandent au découvreur de le déposer dans un centre de soins ou chez un vétérinaire partenaire. En cas d'impossibilité, des bénévoles « rapatrieurs » prennent le relais pour transporter les animaux blessés dans des cartons. « Mais avec la flambée des prix des carburants, ce n'est désormais pas toujours simple de trouver des bénévoles », indique Olivier Retail.
La fermeture de la plateforme aurait des conséquences en chaîne. « Si notre service ferme, les centres de soins devront récupérer tous ces appels et seront encore plus débordés, prévient-il. Et cela retombera aussi sur les collectivités locales, les pompiers et les gendarmes. » La LPO Bretagne cherche donc des financements auprès des pouvoirs publics et d'entreprises mécènes, en parallèle de sa campagne participative sur Helloasso. Sans nouveaux moyens, le « SAMU des animaux » devra cesser son activité au printemps.
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