Société 5 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Soupçons de financement du Hamas : trois mis en examen visés par des sanctions américaines
Trois des cinq personnes mises en examen en France pour des soupçons de financement du Hamas figurent sur une liste noire américaine. Washington affirme qu'elles ont collecté plus de deux millions de dollars pour l'organisation palestinienne entre 2020 et 2026.
Trois des cinq personnes mises en examen le week-end dernier en France pour des soupçons de financement du Hamas figurent sur une liste noire publiée par les autorités américaines. Les investigations, menées conjointement de Paris à Washington, visent Faouzi B., lié à l'association « Baraka » en Gironde, son frère Nordine B., ainsi qu'Amel O., rattachée à l'association « Ensemble C Mieux » dans la Loire.
Selon le Trésor américain et plusieurs éléments recoupés, ces trois suspects auraient participé pendant plusieurs années à un réseau ayant collecté plus de deux millions de dollars au profit de l'organisation palestinienne. Tous font partie des cinq personnes poursuivies à Paris pour « financement d'entreprise terroriste, en l'occurrence le Hamas », « abus de confiance en bande organisée » et « blanchiment d'abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste ».
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a confirmé samedi ces poursuites, sans divulguer l'identité des mis en cause, contrairement aux autorités américaines qui ont rendu publics les noms de Faouzi B. et Amel O. Les suspects contestent les accusations. Nordine B. a été laissé libre sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du Pnat. Son avocat n'a pas souhaité commenter.
Le parquet avait réclamé l'incarcération provisoire des deux dirigeants d'associations. Amel O., 39 ans, a toutefois été laissée libre « sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention, saisi par le juge d'instruction antiterroriste », a précisé le Pnat. « Ma cliente est engagée dans l'humanitaire, au soutien d'une population civile victime d'un génocide à Gaza, elle n'a aucun lien avec le Hamas », soutient son avocat, qui s'exprime sous couvert d'anonymat.
Faouzi B., 35 ans, a été « incarcéré provisoirement dans l'attente d'un débat contradictoire différé qu'il a sollicité », indique le parquet. « Mon client a participé à des collectes de fonds dans un but exclusivement humanitaire, une détention serait scandaleuse », a réagi son avocate, Me Lucie Simon. Les deux autres suspects mis en examen, dont l'identité n'a pas été communiquée, ont été laissés libres sous contrôle judiciaire, comme le demandait le parquet.
Il leur est reproché d'avoir « par le truchement de deux associations, fait parvenir des fonds à un tiers, collecteur de fonds pour le compte du Hamas, ce qu'ils contestent », résume le Pnat. Interpellés mardi par la DGSI dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte le 21 avril, les cinq suspects ont été déférés à l'issue de leur garde à vue dans le cadre d'une information judiciaire.
Le service du ministère américain des Finances chargé des sanctions (OFAC) et le département de la Justice ont apporté vendredi de nouvelles précisions concernant Faouzi B. et Amel O. Tous deux « dirigent des prétendues associations caritatives censées collecter des fonds à des fins humanitaires pour venir en aide aux civils de Gaza », pointe l'OFAC. Le service américain affirme qu'« en réalité », les sommes étaient récupérées par le Hamas via un membre de sa branche armée basé à Gaza, Saleem al-Zaq.
« Au cours d'une période de six ans, de 2020 à 2026, Faouzi B., Amel O. et al-Zaq ont collecté plus de deux millions de dollars pour le Hamas, dont 1,5 million collecté après l'attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023 », assure l'OFAC. Les deux responsables associatifs auraient également « envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à al-Zaq », qui faisait la promotion de leurs collectes de fonds sur ses propres réseaux sociaux.
Ces sanctions américaines entraînent le gel des avoirs éventuels des personnes visées aux États-Unis et imposent aux entreprises américaines, comme Mastercard, de rompre toute relation financière avec elles, sous peine de sanctions réciproques.
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