Société 5 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Téléphone au volant : la suspension du permis généralisée à toute la France
La suspension temporaire du permis de conduire pour usage du téléphone au volant, déjà expérimentée dans une vingtaine de départements, est étendue à tout le territoire national. La mesure s'ajoute à l'amende et au retrait de points, avec une durée pouvant atteindre six mois.
La suspension temporaire du permis de conduire pour usage du téléphone au volant sera désormais appliquée sur l'ensemble du territoire français. La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, a annoncé cette généralisation dans un entretien accordé au Figaro, confirmant une mesure déjà expérimentée dans une vingtaine de départements, dont les Landes et le Pas-de-Calais.
« Nous voulons faire comprendre que le téléphone au volant est, à lui seul, un comportement suffisamment dangereux. La cible, c'est vraiment monsieur et madame Tout-le-Monde », a déclaré la ministre. Elle a rappelé que « l'on peut devenir auteur d'un accident du jour au lendemain et avoir une mort sur la conscience simplement parce que l'on a voulu envoyer un SMS », alors que 3 515 personnes ont été tuées sur les routes françaises en 2025.
Cette sanction s'ajoute au maintien de l'amende habituelle et du retrait de trois points. La suspension sera décidée et notifiée directement par le préfet, avec la possibilité pour le conducteur de présenter ses observations lors d'une procédure contradictoire. « La durée de la suspension sera appréciée par les services préfectoraux selon les circonstances et le parcours du conducteur. Dans les départements qui appliquent déjà cette mesure, la durée retenue est généralement de 15 jours. Elle peut aussi être d'un mois et aller, dans certains cas, jusqu'à six mois », a précisé Marie-Pierre Vedrenne, plaidant pour « une sanction réelle, mais proportionnée ».
La ministre a justifié cette uniformisation par la nécessité d'une règle claire et lisible : « L'usage du téléphone n'est pas moins dangereux selon qu'on se trouve sur un territoire ou un autre. Pour qu'une règle soit acceptée, elle doit être claire, lisible et appliquée partout. » Selon elle, la généralisation vise à envoyer un message de fermeté aux automobilistes, sans distinction géographique.
Les chiffres de la Sécurité routière soulignent l'ampleur du phénomène. L'usage du téléphone au volant multiplie par trois le risque d'accident. Lire un message en conduisant multiplie ce risque par 23, car cela oblige le conducteur à détourner les yeux de la route pendant au moins cinq secondes. En 2025, l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière a relevé 695 360 infractions pour usage du téléphone ou d'oreillettes, soit une hausse de 6,7 % par rapport à 2024.
La mesure s'inscrit dans un contexte où dix-huit préfets avaient déjà pris, ces derniers mois, des arrêtés de suspension du permis en cas d'utilisation du téléphone au volant. Une instruction ministérielle a enjoint les autres préfets à en faire de même, afin d'harmoniser les pratiques sur le territoire. Cette généralisation vise à mettre fin aux disparités locales et à garantir une application uniforme de la sanction.
Pour les associations de sécurité routière, cette décision représente une avancée, mais son efficacité dépendra de la capacité des services préfectoraux à traiter les procédures et à faire respecter les suspensions. Les conducteurs pris en flagrant délit s'exposent désormais à une suspension immédiate, en plus des sanctions existantes. La ministre a insisté sur le caractère pédagogique de la mesure : il s'agit de faire prendre conscience que le téléphone au volant est un comportement dangereux en soi, indépendamment du lieu où il est commis.
La généralisation de cette suspension temporaire marque une étape dans la politique de sécurité routière menée par le gouvernement. Elle pourrait être suivie d'autres mesures visant à réduire la mortalité sur les routes, alors que le nombre de tués reste élevé. Les préfets disposeront d'une marge d'appréciation pour adapter la durée de la suspension aux circonstances et au profil du conducteur, avec une fourchette allant de quinze jours à six mois.
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