Sport 6 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Ligue 1 : les clubs français multiplient les recrutements dans les championnats européens secondaires
Face à la crise des droits TV, les clubs de Ligue 1 se tournent de plus en plus vers les championnats autrichien, belge, danois, néerlandais, suédois ou suisse pour recruter des joueurs à moindre coût, avec un fort potentiel de revente.
Les recruteurs des clubs de Ligue 1 ont trouvé un nouveau terrain de chasse : les championnats européens dits « secondaires ». L’Autriche, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède ou encore la Suisse sont devenus des destinations prisées lors des périodes de mercato, alors que les clubs français doivent composer avec une baisse de leurs revenus liée à la crise des droits TV.
Cet été, quatre joueurs de la Bundesliga autrichienne ont rejoint l’Hexagone, dont Mads Bidstrup (RB Salzburg) et Mohamed Ouédraogo (SCR Altach), qui affrontent Auxerre avec l’Olympique Lyonnais ce samedi. Mais le phénomène dépasse largement l’Autriche. « C’était des championnats qui étaient quand même déjà observés avant, notamment la Scandinavie, mais c’est vrai que le nombre de joueurs provenant de ces pays est en augmentation », confie Laurent Calippe, scout passé notamment par Sunderland, les Girondins de Bordeaux ou l’Atlético de Madrid. « Ce sont des joueurs qui s’intégreront facilement, souvent sans trop de problèmes d’entourage et qui coûtent moins cher. »
La raison principale est budgétaire. Avec environ 170 millions d’euros espérés pour la saison 2026-2027 au titre des droits TV, la majeure partie des clubs français se retrouvent à devoir façonner leurs effectifs sans dépenser des sommes extravagantes. Baptiste Drouet, ancien responsable du recrutement à Lorient et Nantes, explique : « Pour les pays scandinaves, il y a des joueurs qui arrivent avec des bons transferts quand même, mais les plus petits clubs ne demandent pas des indemnités très importantes. Par contre, ils ont des rémunérations plus faibles. Des salaires inférieurs à ce que les clubs de L1 peuvent pratiquer. Même avec des salaires bas, ils gagnent plus que dans leur championnat d’origine et ils ont une belle exposition dans un championnat qui est valorisé. »
Les clubs français n’hésitent pas à envoyer du personnel sur place pour dénicher la perle rare. Stéphane Henchoz, directeur sportif de Lausanne Sport, témoigne : « On a un intérêt croissant des clubs français. Sur les matchs contre les bonnes équipes, on peut avoir jusqu’à sept, huit recruteurs de clubs français. Et, en règle générale, c’est entre trois et quatre. On a toujours beaucoup de demandes. » Le phénomène est également observé aux Pays-Bas, en Suède ou au Danemark, où même les petites équipes sont dans l’œil des recruteurs.
Au Danemark, le potentiel du marché est désormais bien identifié. Nicolai Damgaard Sand, journaliste danois pour le site Bold, souligne : « En France, les clubs ont pris conscience du potentiel du marché danois, où ils peuvent recruter des talents de haut niveau pour des montants relativement modestes s’ils ne se limitent pas aux joueurs des trois principaux clubs. » Toulouse, équipé d’un gros système de datas, est allé chercher Thomas Jorgensen à Viborg pour 7,5 millions d’euros et Christ Tapé à Horsens pour 2,5 millions d’euros cet été, des montants jugés en dessous du marché. « Le montant aurait été au moins deux fois plus élevé si Jorgensen avait joué pour Copenhague, Midtjylland ou Nordsjælland », ajoute le journaliste.
Cette stratégie s’accompagne d’une prudence accrue. « Ils sont plus frileux quant à l’investissement à faire, ça prend plus de temps pour qu’ils se décident sur un joueur peut-être », estime Stéphane Henchoz. « Avant, en ayant plus de moyens, c’était peut-être moins grave si on se trompait un peu. Sur ce mercato, on le ressent. Il y a beaucoup d’intérêts sur les joueurs, mais moins d’offres fermes. »
Le potentiel de revente est devenu un critère essentiel. « Les clubs français sont intéressés uniquement à nos joueurs qui ont un potentiel de revente », poursuit Henchoz, qui a vu plusieurs de ses joueurs rejoindre l’Hexagone, notamment à Auxerre. Une situation gagnant-gagnant pour le club vendeur et le club acheteur. « On est un championnat et on est un club, où on doit vendre régulièrement des joueurs pour faire tourner le club. Une source très importante de revenus, c’est la vente de joueurs. Pour nous, le fait que des clubs français soient intéressés par nos joueurs, et que plusieurs deals aboutissent, c’est important. »
Cette dynamique a même fait évoluer les stratégies des clubs danois. « Le niveau ne s’est pas nécessairement amélioré ici, mais j’y vois le reflet de l’évolution moderne du football », note Nicolai Damgaard Sand. « Les petits clubs ont adopté une nouvelle approche eux aussi, ce qui explique pourquoi ils se concentrent davantage sur la formation des jeunes talents. Les ventes réalisées par Viborg et Horsens comptent parmi les plus gros transferts de leur histoire, c’est donc une réussite. »
La quête de jeunes joueurs à fort potentiel à moindres frais va jusqu’à recruter des joueurs de moins de 16 ans à l’étranger, signe que les clubs français misent sur le long terme pour bâtir des effectifs compétitifs sans grever leurs finances.




