Technologie 6 min de lecture Par Noémie Weber
D.O.M. ajoute le droit et le secret religieux à la confidentialité numérique
Le projet chrétien D.O.M. pose une question de gouvernance des données : comment isoler une conversation pastorale pour que technique, droit et devoir religieux ne se contredisent pas ?
Un service de messagerie peut chiffrer le contenu tout en conservant des métadonnées très révélatrices : qui parle à qui, à quelle heure, à quelle fréquence et depuis quel appareil. Pour une plateforme religieuse, ces traces peuvent elles-mêmes révéler une croyance, une pratique ou une situation personnelle sensible.
C’est le problème que D.O.M. devra résoudre s’il veut faire de la confidentialité pastorale une fonction centrale. Les documents du projet décrivent une plateforme chrétienne internationale combinant fil social, profils d’utilisateurs et de membres du clergé, commentaires, réactions, partages, chats, appels, visioconférences et espace dédié aux ministres religieux.
Le projet prévoit sa propre infrastructure, mais les éléments disponibles ne documentent pas encore un chiffrement de bout en bout, l’impossibilité pour le serveur de lire les messages en clair ou un modèle précis de gestion des clés. Ce point empêche toute comparaison technique directe avec Signal, qui affirme que ses messages et appels sont systématiquement chiffrés de bout en bout.
D.O.M. dispose toutefois d’un autre terrain : la nature de l’échange lui-même.
Dans le droit canonique catholique, le secret de la confession est absolu. Le confesseur ne peut révéler le pénitent par aucun moyen. Il ne peut pas non plus exploiter à son détriment une information acquise pendant la confession, même sans risque de divulgation. Le canon 1386 vise expressément l’enregistrement technique d’une confession et sa diffusion par des moyens de communication.
La tradition orthodoxe pose également une obligation sévère de secret. Les lignes directrices de l’Orthodox Church in America rappellent que la confidentialité du sacrement de pénitence ne cède pas même sous forte pression.
Mais une plateforme numérique ne peut pas décider seule qu’un chat est une confession sacramentelle. Les autorités catholiques ont indiqué que le sacrement ne peut pas être célébré à distance par téléphone, e-mail ou internet. Un échange numérique peut relever du conseil spirituel, sans devenir pour autant une confession au sens sacramentel.
Les lois nationales ajoutent encore une couche. En Allemagne, le droit de procédure pénale permet aux ministres religieux de refuser de témoigner sur ce qui leur a été confié dans leur fonction de Seelsorger. Le droit civil contient une règle comparable. Dans le Wyoming, une disposition protège sous certaines conditions une confession faite à un membre du clergé dans son rôle professionnel.
Le RGPD traite, lui, les données révélant les convictions religieuses comme une catégorie particulière. C’est un signal important pour l’architecture du produit : le simple fait de connaître les communautés suivies, les profils de prêtres consultés ou la fréquence d’un accompagnement religieux peut être sensible, même sans lire le texte des messages.
Un « mode pastoral confidentiel » devrait donc être conçu comme un circuit de données séparé. Le serveur devrait savoir le moins possible. Les contenus ne devraient pas alimenter la publicité, la personnalisation ou les recommandations. Les journaux techniques devraient être limités. Les durées de conservation devraient être définies par le besoin pastoral, pas par la valeur commerciale d’un historique.
La vérification du clergé est tout aussi importante. Une protection fondée sur la relation n’a de sens que si l’utilisateur sait avec qui il parle et dans quelle qualité. Le service devrait distinguer visuellement un compte ordinaire d’un ministre vérifié et demander un choix explicite avant l’ouverture d’un échange pastoral.
Cette architecture ne garantirait pas que tous les tribunaux du monde reconnaissent la conversation comme privilégiée. Elle permettrait en revanche de conserver des faits cohérents : identité du ministre, finalité pastorale, attentes de confidentialité et règles de traitement spécifiques. Ce sont précisément les éléments qui peuvent compter quand le droit distingue une conversation sociale d’une relation professionnelle ou spirituelle.
La force du modèle tient alors dans la séparation des couches. Le chiffrement réduit l’accès technique au contenu. Le RGPD encadre le traitement des données religieuses. Les règles ecclésiales imposent une obligation de silence au ministre. Les droits nationaux peuvent, dans certains cas, limiter la contrainte de témoigner.
D.O.M. ne sera réellement différent des réseaux sociaux existants que s’il transforme cette idée en architecture mesurable. La prochaine étape n’est donc pas un slogan sur le secret de la confession, mais une documentation publique sur les clés, les métadonnées, les accès, la conservation et le statut exact de la conversation pastorale.




