Actualités 4 min de lecture Par Mathieu Blanchard
À Saint-Pierre-et-Miquelon, Macron et Carney scellent un rapprochement franco-canadien
Emmanuel Macron a reçu le Premier ministre canadien Mark Carney à Saint-Pierre-et-Miquelon pour acter un rapprochement « profond » entre la France et le Canada, sur fond de tensions avec Donald Trump et de questions énergétiques.
Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont affiché leur volonté de bâtir un rapprochement « profond » entre la France et le Canada, à l'occasion d'une rencontre organisée dans l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon. Les deux dirigeants ont mis en scène leur entente sur ce territoire de l'Atlantique Nord, à quelques kilomètres seulement des côtes canadiennes, pour défendre la souveraineté de leurs pays respectifs et approfondir une relation présentée comme stratégique.
La visite de Mark Carney, venu « en voisin », a permis aux deux hommes d'échanger sur plusieurs dossiers sensibles, au premier rang desquels la relation avec les États-Unis de Donald Trump. Paris comme Ottawa cherchent à réduire leur dépendance à l'égard de Washington et à faire valoir leurs intérêts propres dans un contexte international tendu. Le choix de Saint-Pierre-et-Miquelon, petit territoire français d'Amérique du Nord, n'est pas anodin : il symbolise la proximité géographique et historique entre la France et le Canada, tout en offrant une tribune pour affirmer une forme d'indépendance face à la puissance américaine.
Au-delà des symboles, la rencontre a porté sur des sujets concrets, notamment énergétiques. Emmanuel Macron a évoqué les projets canadiens de gaz naturel liquéfié, qui, selon lui, « contribueront à ouvrir de nouvelles perspectives entre nos deux pays ». La question des approvisionnements et de la sécurité énergétique s'est imposée dans les échanges, alors que la France cherche à sécuriser ses volumes de gaz et de carburants dans un contexte de flambée des prix à la pompe et de tensions au Proche-Orient.
Mark Carney a profité de l'occasion pour presser la France de ratifier le Ceta, l'accord commercial entre l'Union européenne et le Canada, qu'il a qualifié de « l'un des plus fructueux au monde ». Cette ratification, encore en suspens en France, reste un point de friction politique, mais le Premier ministre canadien en a fait un élément central de son message en faveur d'un rapprochement économique renforcé.
Cette séquence diplomatique intervient à un moment où Emmanuel Macron multiplie les prises de parole sur les tensions géopolitiques. Le chef de l'État doit d'ailleurs s'exprimer jeudi à 20 heures sur TF1 et France 2, pour aborder la guerre en Ukraine, le Moyen-Orient, la relation avec les États-Unis, le prix des carburants et le budget 2027. Il devrait y insister sur la gravité de la situation internationale et ses répercussions sur le quotidien des Français, un message qu'il estime insuffisamment entendu.
La rencontre de Saint-Pierre-et-Miquelon s'inscrit donc dans une double logique : afficher une alliance franco-canadienne capable de peser face à Washington, et préparer le terrain à des coopérations concrètes, notamment dans l'énergie et le commerce. Pour Paris, il s'agit aussi de montrer que la France reste active sur la scène internationale, malgré les tensions internes et la pression sur le gouvernement face à la hausse des prix.
Les deux dirigeants n'ont pas annoncé de mesure précise à l'issue de leur entretien, mais ils ont posé les bases d'un dialogue renforcé sur les sujets économiques, énergétiques et stratégiques. Ce rapprochement, présenté comme « profond », devra toutefois se traduire dans les faits, alors que les dossiers commerciaux et énergétiques restent complexes et que les positions françaises et canadiennes ne coïncident pas toujours.




