Actualités 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Collision mortelle de deux trains à grande vitesse près de Tolède
Deux trains à grande vitesse sont entrés en collision mercredi matin à Urda, au sud de Madrid, faisant au moins 68 morts et 108 blessés. Le ministre des Transports évoque une erreur humaine après une panne du système de contrôle.
Une collision entre deux trains à grande vitesse a fait au moins 68 morts et 108 blessés, mercredi matin, à Urda, près de Tolède, à environ 150 kilomètres au sud de Madrid. Selon le bilan communiqué à 17 heures, il s’agit de l’une des pires catastrophes ferroviaires survenues en Europe depuis vingt ans, et la deuxième en moins de dix mois en Espagne, après l’accident d’Adamuz, en Andalousie, qui avait fait 46 morts le 18 janvier.
Les deux convois faisaient le même trajet, en provenance de Madrid et à destination de Séville-Santa Justa. Le train Renfe, AVE 2080, équivalent d’un TGV français, avait quitté la gare de Madrid-Puerta de Atocha à 8 heures, pour une arrivée prévue à 10h39. Le train Iryo, service 6076, circulait également vers la capitale andalouse et se trouvait devant l’AVE au moment du choc. Il devait arriver à Séville à 10h35. À 8h53, l’AVE a percuté par l’arrière l’autre rame, immobilisée sur la voie. La première voiture de l’AVE a été broyée et a quitté les rails pour finir en contrebas, tandis que les trois dernières voitures de l’Iryo ont été projetées hors de la voie. Les images diffusées par la Guardia civil montrent que les deux dernières voitures de l’Iryo ont été totalement détruites.
Le point de départ de la chaîne d’événements se situe une demi-heure plus tôt. À 8h30, une panne du système de contrôle LZB, pour Linienzugbeeinflussung, a touché le réseau ferroviaire. Ce dispositif de contrôle continu de la vitesse et de signalisation en cabine équipe les lignes à grande vitesse en Allemagne, en Autriche et en Espagne. Six trains se sont alors retrouvés à l’arrêt, dont les deux convois impliqués. Au bout de six minutes, le contrôleur a pourtant autorisé le conducteur de l’AVE 2080 à repartir. Selon le ministre des Transports, Oscar Puente, « il y a eu un signal rouge qui aurait dû empêcher la reprise de la marche ». Le ministre affirme que l’AVE a parcouru 25 kilomètres à 200 km/h entre 8h36 et 8h53 avant de heurter l’Iryo.
Pendant dix-sept minutes, ni le contrôleur ni ses supérieurs n’ont perçu la catastrophe en train de se produire. Oscar Puente qualifie d’« inexplicable » la décision d’ordonner aux trains arrêtés de repartir normalement, alors même que le conducteur de l’Iryo avait signalé qu’il était toujours à l’arrêt sur la même voie. « Personne ne s’explique comment il a pu ordonner à tous les trains arrêtés de repartir normalement, alors qu’en plus, il avait reçu la communication de l’Iryo indiquant qu’il était à l’arrêt », a-t-il déclaré.
En cas de panne du système automatique, le passage en mode manuel est une procédure classique. Le ministre souligne que « cela se produit dans tous les systèmes de transport, y compris routier ou aéronautique : lorsque le système informatique tombe en panne, on passe en manuel ». Dans ce mode, le contrôleur peut juger que les trains peuvent repartir, mais les conducteurs doivent alors rouler à vitesse réduite. Oscar Puente précise que l’un des six conducteurs concernés, à qui il avait été ordonné de repartir à pleine vitesse, l’a repris en lui rappelant que le protocole imposait de circuler « à vue », soit 40 km/h maximum. Or un train lancé à 200 km/h a besoin de 1,6 à 2 kilomètres pour s’immobiliser en freinage d’urgence, soit entre 40 et 60 secondes, selon notamment la masse du convoi et l’adhérence des rails.
Les victimes se répartissent entre les deux trains. Vingt-quatre personnes sont mortes dans la première voiture de l’AVE, les autres dans les dernières voitures de l’Iryo. Le train AVE transportait 397 personnes, l’Iryo 147. L’ancienne ministre de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Fátima Báñez, du Parti populaire, figurerait parmi les victimes selon les médias ABC et Democrata. Le chef de l’opposition, Alberto Núñez Feijóo, du même parti, s’est montré plus prudent et a indiqué ne pas avoir de nouvelles de l’ancienne ministre.
Un passager de l’AVE, Ignacio Relaño, a décrit à la télévision espagnole « un freinage extrêmement brutal, un bruit assourdissant, un choc violent ». Il se trouvait dans la troisième voiture. « Le train a semblé basculer, puis s’est redressé avant de s’immobiliser », a-t-il raconté. En s’approchant de l’avant de la rame, il a vu « des personnes coincées, certaines qui criaient, des morts, un homme qui avait perdu un bras, une autre personne assise, sous le choc, comme si elle était dans un autre monde ».
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