Actualités 5 min de lecture Par Noémie Weber
En Ukraine, des drones militaires pour transporter des organes et sauver des vies
À Kiev, le plus grand hôpital pédiatrique d'Ukraine poursuit ses transplantations d'organes malgré la guerre. Des chirurgiens envisagent désormais de reconvertir des drones militaires pour transporter des greffons et raccourcir les délais.
Dans le plus grand hôpital pédiatrique d'Ukraine, à Kiev, les transplantations d'organes n'ont pas cessé depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Malgré les missiles, les coupures d'électricité et un espace aérien fermé, les équipes chirurgicales continuent d'opérer, et certaines envisagent désormais de recourir à des drones militaires reconvertis pour transporter des organes.
L'établissement vient de franchir un cap symbolique en réalisant sa centième transplantation hépatique. L'opération a été pratiquée sur Khrystyna, un bébé de neuf mois, qui a reçu une partie du foie de sa tante. Ce type de greffe, particulièrement délicat, exige une coordination précise entre les équipes et un acheminement rapide du greffon, dans un contexte où les infrastructures du pays sont régulièrement endommagées par les frappes.
La guerre impose en effet des contraintes exceptionnelles aux hôpitaux ukrainiens. Les alertes aériennes obligent régulièrement les personnels à interrompre ou à déplacer des interventions, tandis que les coupures d'électricité menacent la conservation des organes et le fonctionnement des blocs opératoires. La fermeture de l'espace aérien empêche par ailleurs tout transport aérien classique, ce qui complique l'acheminement des greffons entre les régions.
C'est dans ce contexte que l'idée de reconvertir des drones militaires pour des missions médicales a émergé. Ces appareils, conçus pour des usages de reconnaissance ou de combat, pourraient être adaptés au transport d'organes, avec l'objectif de réduire les délais entre le prélèvement et la greffe. La rapidité de l'acheminement est en effet déterminante pour la réussite d'une transplantation, en particulier pour les organes les plus fragiles.
Le recours à des drones présente plusieurs avantages potentiels dans un pays en guerre. Il permettrait de contourner les routes endommagées ou bloquées, d'éviter les risques liés aux déplacements terrestres et de s'affranchir des restrictions aériennes qui pèsent sur l'aviation civile. Les équipes médicales y voient une piste pour maintenir, voire développer, l'activité de transplantation malgré les hostilités.
Cette réflexion s'inscrit dans un effort plus large des professionnels de santé ukrainiens pour préserver la continuité des soins. Depuis le début du conflit, les hôpitaux du pays ont dû s'adapter en permanence, en déplaçant des services, en renforçant les capacités de secours et en développant des solutions alternatives pour assurer les traitements les plus urgents. La transplantation d'organes, qui dépend de donneurs et de délais très courts, fait partie des activités les plus exposées à ces perturbations.
Le cas de Khrystyna illustre à la fois la gravité des pathologies prises en charge et la détermination des équipes médicales. La petite patiente a bénéficié d'un don familial, une pratique courante lorsque les listes d'attente sont longues et que les conditions logistiques rendent les greffes plus complexes. La centième transplantation hépatique de l'hôpital constitue, pour le personnel, un signe de résilience du système de santé ukrainien.
Les autorités sanitaires n'ont pas encore annoncé de calendrier pour la mise en service éventuelle de drones dédiés au transport d'organes. L'hypothèse reste à l'étude, et sa concrétisation dépendra de plusieurs facteurs, notamment de la disponibilité des appareils, de leur adaptation technique et de l'évolution de la situation sécuritaire. Mais elle témoigne de la manière dont la guerre pousse les acteurs de la santé à imaginer des solutions inédites.
Pour les chirurgiens et les responsables de l'hôpital, l'enjeu est double : continuer à sauver des vies et préparer l'après-guerre. La reconstruction du système de santé ukrainien passera aussi par la capacité à intégrer ces innovations, nées de l'urgence, dans des protocoles durables. En attendant, les équipes continuent d'opérer, au rythme des alertes et des coupures, avec pour priorité les patients les plus fragiles.
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