Actualités 4 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Népal : des glaciers menacent toujours la vallée dévastée par la crue meurtrière
Alors que les recherches se poursuivent après la catastrophe du 26 août au Népal, des géologues alertent sur la menace que font peser plusieurs glaciers instables au-dessus de la vallée, véritable corridor économique. Les scientifiques travaillent à évaluer les risques de nouveaux effondrements.
Au Népal, la menace n'est pas écartée. Alors que les secours recherchent encore des disparus après la crue torrentielle qui a ravagé une vallée himalayenne le 26 août, des géologues mettent en garde contre d'autres effondrements possibles. « Des glaciers peuvent éclater à tout moment. Il y a une bombe au-dessus de nos têtes », alerte un spécialiste cité dans un extrait du magazine « Envoyé spécial » diffusé sur France 2. Plusieurs masses de glace, fragilisées, surplombent ce secteur qui constitue également un corridor économique essentiel pour la région.
Les experts qui enquêtent sur le déroulement de la catastrophe commencent à en dresser un tableau plus précis. Le 26 août, à 08h37, un morceau de glace et de roche s'est détaché de la face nord du mont Langtang Lirung, à environ 5 200 mètres d'altitude. Cette tranche de montagne, large de plus d'un kilomètre, a plongé environ 800 mètres plus bas sur un glacier, obstruant momentanément la rivière Lhende. Sitôt libérée, la masse d'eau, de glace et de débris s'est engouffrée dans la vallée avec une force dévastatrice, arrachant tout sur son passage. Selon les derniers rapports scientifiques, le volume qui a déferlé est estimé à 142 millions de mètres cubes, parcourant une distance de 20 kilomètres en à peine sept minutes.
Le géologue Sudan Bikash Maharjan, du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), décrit une « différence d'altitude énorme, sur une distance très courte », où tout a déferlé « à la vitesse d'un train ». Les scientifiques ont identifié plusieurs facteurs possibles pour expliquer l'effondrement, mais ils se refusent encore à toute conclusion catégorique. Entre 1990 et 2020, le glacier en cause s'est rétréci de 450 mètres, exposant la roche qu'il recouvrait auparavant. Aucun séisme, aucune pluie exceptionnelle ni période de chaleur extrême n'a toutefois été enregistré avant l'effondrement. L'hypothèse selon laquelle le tremblement de terre meurtrier de 2015 au Népal aurait pu contribuer à l'instabilité de ce pan de montagne est également examinée.
Le réchauffement climatique a pu rendre la pente plus vulnérable, notent les experts, mais ils se refusent à lui attribuer seul la responsabilité de l'effondrement. Les glaciers de l'Himalaya ont fondu deux fois plus vite que la moyenne depuis le début du siècle, exposant à l'air libre des roches jusque-là recouvertes de glace et désormais soumises aux variations de température et aux précipitations. Les chercheurs cherchent à établir si certaines données relevées avant la catastrophe, comme l'accélération des mouvements du glacier ou la hausse des volumes d'eau fondue, pourraient constituer des signes avant-coureurs.
Aucun de ces signaux n'aurait toutefois permis d'établir qu'un accident était imminent et de donner aux autorités, au Népal comme en Chine, les moyens de déclencher une alerte, tranche un des scientifiques. « Il y a tellement de montagnes dans la région » à surveiller, rappelle-t-il. La tâche s'annonce immense pour évaluer les futures menaces qui pèsent sur cette vallée himalayenne, où la population vit désormais dans la crainte d'une nouvelle tragédie.




