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Culture 4 min de lecture Par

Tony Gatlif, cinéaste de la culture gitane, est mort à 77 ans

Le réalisateur Tony Gatlif, connu pour « Gadjo Dilo » et « Exils », est décédé mercredi à Arles à l'âge de 77 ans. Sa famille a annoncé la nouvelle vendredi, saluant la beauté, la générosité et la poésie de son œuvre consacrée au peuple gitan.

Tony Gatlif, cinéaste de la culture gitane, est mort à 77 ans
Tony Gatlif, le cinéaste qui « voulait simplement témoigner », est mort à l’âge de 77 ans

Le cinéaste Tony Gatlif, figure majeure du cinéma consacré à la culture gitane, est mort mercredi à l'âge de 77 ans. Sa famille a annoncé la nouvelle vendredi, précisant qu'il s'est éteint à Arles, dans les Bouches-du-Rhône, des suites d'un problème de santé alors qu'il travaillait sur un projet de film historique.

Réalisateur d'une vingtaine de longs métrages depuis 1975, Tony Gatlif laisse une œuvre marquée par la musique, l'exil et la liberté. Son épouse, ses enfants et ses petits-enfants lui ont adressé un dernier « Latcho Drom », une expression tzigane signifiant « Bonne route », dans un communiqué où ils saluent « la beauté de ses films, sa générosité, sa joie, sa poésie et son amour de la musique ».

Né Michel Dahamani le 10 septembre 1948 d'un père kabyle et d'une mère gitane, Tony Gatlif a connu la violence et l'errance après son départ d'Algérie. Vers l'âge de 12 ans, lors d'un contrôle de police, il change de nom pour éviter d'être renvoyé en Algérie, s'appropriant celui d'un parc d'Alger. Après un passage en maison de correction, il est envoyé en Camargue sur décision de justice, une région qu'il considérait comme salvatrice. « J'ai mené une bataille contre ma destinée, contre moi-même et ce n'est pas rien », avait-il déclaré en 2021, ajoutant que la Camargue « fait partie des choses qui m'ont sauvé ». C'est là qu'il découvre le théâtre et l'acteur Michel Simon, qui orientent sa vocation.

Son film le plus connu, « Gadjo Dilo » (« L'étranger fou », 1997), raconte la quête d'un jeune Français idéaliste, interprété par Romain Duris, sur les traces d'une chanteuse dans un camp tzigane en Roumanie. Ce long métrage est un hommage à la musique tzigane, « une musique qui crie la peur et la douleur d'un peuple qui a mal à son âme », selon le cinéaste. Il a également réalisé « Exils » (2004), récompensé du prix de la mise en scène au Festival de Cannes, ainsi que « Vengo » (2000), où le flamenco tient une place centrale, et « Les Princes » (1983), porté par la musique tzigane. Plus récemment, « Djam » (2017) mettait en lumière le rebétiko, musique traditionnelle issue de la fusion entre les cultures grecque et turque. Son dernier long métrage, « Ange », est sorti en 2025.

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué la mémoire d'un artiste qui « avait le goût des chemins de traverse, des frontières qui s'effacent, des vies que l'on regarde trop peu ». Dans un message publié sur X, elle a souligné qu'il « filmait la musique, le mouvement, l'exil et la liberté avec une énergie qui n'appartenait qu'à lui ». Ses histoires, profondément sociales, ont fait de lui un témoin engagé de la condition des peuples nomades et des cultures minoritaires.

Tony Gatlif avait confié un jour qu'il ne voulait pas devenir cinéaste mais « simplement témoigner ». Son œuvre, traversée par les thèmes de l'errance et de la rencontre, demeure comme un héritage singulier dans le paysage du cinéma français et international.

Pauline Delorme

Auteur

Rédactrice culture

Pauline Delorme couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.