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Procès de l'enlèvement de Mia : sa mère livre un récit complotiste et victimaire

Au tribunal correctionnel de Paris, Lola M., mère de la petite Mia enlevée en avril 2021, a livré un récit paranoïaque et victimaire, dénonçant les « réseaux pédocriminels » de l'Aide sociale à l'enfance et justifiant l'opération menée avec le réseau de Rémy Daillet.

Procès de l'enlèvement de Mia : sa mère livre un récit complotiste et victimaire
Affaire Mia : A la barre, sa mère livre un récit parano et victimaire contre l’ASE et ses « réseaux pédocriminels »

Au tribunal correctionnel de Paris, Lola M. a livré un récit paranoïaque et victimaire pour justifier l'enlèvement de sa fille Mia, survenu en avril 2021 alors que l'enfant était âgée de 8 ans. La mère de famille, âgée de 33 ans, est la seule femme parmi les quinze personnes jugées pour association de malfaiteurs terroriste et pour l'enlèvement de la petite fille. Elle comparaît pour avoir sollicité l'aide de Rémy Daillet, l'« autorité morale » du réseau, afin de « restituer » sa fille placée chez sa grand-mère.

Vêtue d'un pantalon de jogging gris, d'un pull à capuche bleu ciel et d'Adidas aux bandes roses, Lola M. a demandé à s'asseoir avant de commencer son récit. Pendant près de cinq heures, elle a repris point par point, par ordre chronologique, les faits qui lui sont reprochés, affirmant vouloir « rétablir la vérité » sur une « période très dense ». À l'écoute de la lecture des faits, elle ferme les yeux, se tient la poitrine, souffle et s'évente avec les mains. Le président du tribunal a eu le plus grand mal à la recadrer pour revenir aux faits qui intéressent la juridiction. « Ma vie a été bousillée monsieur », lui a-t-elle répondu, alors qu'il lui rappelait qu'elle est renvoyée pour une infraction et non pour être la victime.

La prévenue a d'abord décrit sa relation d'emprise avec le père de Mia, qui l'a séduite alors qu'elle n'avait que 15 ans et lui 21 ans. Elle dit être devenue une femme battue, rendue dépendante à l'héroïne et même prostituée. Séquestrée dans un appartement, elle affirme avoir réussi à s'enfuir à 21 ans, parcourant 600 kilomètres avec sa fille pour rejoindre sa mère dans les Vosges.

Son « deuxième cauchemar » commence selon elle avec le mouvement des « gilets jaunes », un « vortex » dans lequel elle dit être tombée en commençant à s'intéresser aux informations qui circulaient, notamment sur la corruption. Elle évoque alors l'entrée dans l'univers des « réseaux pédocriminels », reconnaissant que cela « a l'air fou ». Elle décrit sa vie d'avant comme celle d'une personne « la tête dans le guidon très classique », avant que tout ne bascule avec les thèses complotistes portées notamment par QAnon. « C'est très dur de découvrir ces choses, et pas que le satanisme, la pédocriminalité, la 5G, les vaccins, l'adrénochrome… », énumère-t-elle.

Lola M. affirme avoir découvert que l'Aide sociale à l'enfance (ASE) abriterait des « réseaux pédocriminels », y dénonçant « des horreurs, à l'image de ce monde, business, business, des trafics d'enfants, de la maltraitance, de la prostitution ». Elle dit avoir voulu dénoncer des faits « vérifiés » après avoir lu « des livres, des gros livres », créant une chaîne YouTube et publiant sur Facebook pour « réveiller les foules ».

Le placement de Mia fait suite à un signalement de sa grand-mère aux services sociaux en septembre 2020, sur fond de désaccord concernant la scolarisation de l'enfant. Une enquête est déclenchée et, appuyée sur des motivations jugées solides — dont une exposition de Mia « à la violence physique sur son compagnon comme le poursuivre avec un couteau devant l'enfant », des « propos suicidaires », un refus de la scolariser et « une angoisse intense » de l'enfant vis-à-vis de sa mère —, un placement est ordonné en janvier 2021. La petite fille est alors confiée légalement à sa grand-mère.

Pour Lola M., c'est le début de « l'enfer ». Elle raconte avoir reçu « une lettre, puis deux, puis trois » l'informant du placement de sa fille. « C'est comme ça que ça commence ce bordel putain », résume-t-elle, émue. Dans un discours véhément contre les services de l'État, elle répète avoir été prise de haut et affirme qu'on veut la faire passer pour une folle parce qu'elle a le « profil parfait de la complotiste ». Elle soutient que ses droits de visite ne sont pas respectés et que les solutions légales étaient une impasse.

Elle explique alors avoir choisi la « seule solution » : « aller chercher ma fille et refaire ma vie loin dans un pays qui n'a pas d'accord avec la France ». Des contacts sur Internet lui conseillent de joindre Rémy Daillet ou son réseau. Dans un mail à l'adresse « volontédedieu », elle dénonce le placement abusif de sa fille. Elle dit avoir trouvé en face des personnes « prudentes, cohérentes, calmes, animées d'une intention de faire quelque chose de bien », qui lui demandent de « fournir des analyses de sang, de remplir un questionnaire ».

L'opération baptisée LIMA est déclenchée le 13 avril : deux hommes se font passer pour des éducateurs chez la grand-mère, prétendent une visite avec la mère et emmènent la petite de 8 ans dans un fourgon jusqu'à Lola M. Cette dernière affirme que sa fille « n'a pas du tout une tête de traumatisée ». Mia, partie civile mais pas en état d'assister au procès, n'était pas présente à l'audience.

Noémie Weber

Auteur

Journaliste société

Noémie Weber couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.