Culture 5 min de lecture Par Rémi Lefèvre
DARA, gagnante de l’Eurovision, raconte son combat contre la haine et ses angoisses
La chanteuse bulgare DARA, victorieuse de l’Eurovision en mai dernier à Vienne, revient sur son parcours semé d’embûches. Dans un entretien à Paris, elle évoque la vague de haine reçue après sa sélection, ses attaques de panique et la préparation intense qui a précédé son triomphe avec le titre « Bangaranga ».
La chanteuse bulgare DARA, 27 ans, a remporté l’Eurovision dans la nuit du 16 au 17 mai à Vienne, en Autriche, avec son titre « Bangaranga ». Un succès historique pour la Bulgarie, qui n’avait jamais gagné le concours. Depuis, la chanson a dépassé les 50 millions de streams sur Spotify et s’est classée en tête des ventes dans plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Autriche, la Suède et la Turquie. Le morceau a également intégré le Billboard Global 200, une première pour une chanson bulgare.
De passage à Paris mi-août, l’artiste a accordé un entretien dans un hôtel de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Elle y raconte un quotidien bouleversé par la gloire, mais aussi le chemin difficile parcouru avant ce triomphe. « Pour savoir où j’en suis maintenant, vous devez savoir d’où je viens et l’énorme combat que j’ai dû mener pour surmonter les angoisses suscitées par le fait que je me sentais rejetée par mon peuple, par ma nation », confie-t-elle.
DARA a été révélée il y a dix ans dans son pays grâce au télécrochet « X Factor ». Après des années de tubes en Bulgarie, elle a vécu un retournement de situation à l’automne dernier. Alors que la Bulgarie ne participait plus à l’Eurovision depuis 2022, la chaîne BNT l’a contactée pour lui annoncer le retour du pays dans le concours en 2026 et l’a invitée à la sélection nationale. Elle s’y est imposée fin janvier face à quatorze autres artistes.
L’annonce de sa participation a déclenché une vague de haine sur les réseaux sociaux. « Il y a eu un retour de bâton. Après l’annonce, j’ai eu l’impression, la sensation physique, qu’on m’avait tiré dessus en plein visage », décrit-elle. Elle s’est alors tenue éloignée de son téléphone pour se préserver des attaques. Une nuit, malgré tout, elle s’est réveillée à 1 heure et a vécu une intense attaque de panique pendant trois heures. Elle a songé à tout arrêter et l’a révélé publiquement, redoutant notamment que ce stress puisse affecter sa santé et l’empêche un jour de tomber enceinte.
Sa prise de parole a suscité une grande vague de soutien qui, avec celui de son entourage, l’a réconfortée et motivée à poursuivre l’aventure. Après la désignation de « Bangaranga » en février lors d’une émission en prime time, DARA est partie à Athènes, en Grèce, pour trois mois de préparation intense. Elle y a développé une routine quotidienne stricte : lever à 6h30, running pour déstresser, préparation physique, rédaction de son journal, douche froide, méditation et quatre heures de répétition de la chanson et de la chorégraphie. « Ces mois-là ont changé ma vie, m’ont changée en tant que personne, je n’ai jamais grandi aussi vite », insiste-t-elle.
Depuis sa victoire, DARA est devenue une star dans son pays. Elle a été reçue par le Premier ministre Roumen Radev et a reçu la clé de la capitale, Sofia, ainsi que le titre de citoyenne d’honneur de cette ville, de Varna où elle est née et d’Avren, d’où son mari Ervin est originaire. « J’ai eu cette reconnaissance parce que je suis son épouse », dit-elle, semblant aussi déconcertée qu’amusée. L’organisation de l’édition 2027 de l’Eurovision à Bourgas a été qualifiée de « priorité nationale ».
La chanteuse, qui feuillette son journal intime lors de l’entretien, y avait dessiné le 3 mars une image d’elle brandissant un trophée sur lequel on lit « Eurovision Winner ». Deux mois et demi plus tard, l’image est devenue réalité. Elle raconte avoir écrit chaque jour, au début de l’été dernier, la phrase « Je vais gagner l’Eurovision », alors que la Bulgarie ne participait plus au concours. « Que ça paraisse délirant, je m’en fichais », affirme-t-elle. La vague d’amour qu’elle reçoit aujourd’hui en Bulgarie lui fait parfois un peu peur. « Quand je suis rentrée de l’Eurovision, des gens venaient me voir en pleurs, dans tous leurs états », témoigne-t-elle.




