Économie 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Carburants : les alternatives au plein classique sont-elles légales et sans risque ?
Face à la flambée des prix du diesel, des astuces de contournement circulent sur les réseaux sociaux. Huile végétale, fioul domestique, GNR ou E85 : ces solutions présentent des risques fiscaux, mécaniques et d'assurance.
Alors que le gazole dépasse dans certaines stations les 2,90 euros le litre, des solutions alternatives pour faire baisser la facture du plein se multiplient sur les réseaux sociaux. Mélanges de combustibles, produits détournés de leur usage premier, astuces de bricoleurs : ces pratiques séduisent des automobilistes en quête d'économies, mais elles se heurtent à un cadre légal strict et à des risques mécaniques souvent sous-estimés.
Parmi les idées les plus répandues figure l'utilisation d'huile végétale pure comme carburant. La loi française encadre très strictement cette pratique. Seul un exploitant agricole ayant produit lui-même les plantes dont l'huile est issue peut, sous conditions, l'utiliser comme carburant agricole, conformément au Code des douanes. Acheter vingt litres d'huile de colza en supermarché pour les verser dans son réservoir diesel n'est donc pas légal. L'huile végétale pure n'est pas un carburant routier interchangeable avec le gazole, quelle que soit la voiture.
L'huile de friture usagée, souvent présentée comme une solution écologique et économique, relève du même régime. Son usage comme carburant n'est autorisé que dans un cadre réglementaire précis, avec des exigences de performance et de taxation. Récupérer l'huile de sa friteuse après une simple filtration artisanale pour la mettre dans son réservoir constitue une fraude fiscale, car cela contourne la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) applicable aux carburants routiers. En cas d'accident avec un carburant non homologué, l'assurance peut refuser de couvrir le conducteur. Sur le plan mécanique, les risques sont réels, notamment pour l'ensemble du système d'injection.
Le superéthanol E85 apparaît comme une alternative plus encadrée. Son prix au litre est généralement bien inférieur à celui du SP95-E10 ou du SP98, mais sa consommation est plus élevée car l'éthanol contient moins d'énergie par litre. Ce carburant est réservé aux véhicules compatibles, équipés d'origine ou ayant reçu une conversion homologuée. Selon un mécanicien diéséliste spécialisé dans l'injection, installer un boîtier sur une vieille voiture peut fonctionner, mais sur les moteurs à injection directe, les injecteurs et la pompe à injection souffrent, car l'éthanol est très sec. La garantie constructeur saute dès qu'un boîtier est installé, même sur un véhicule neuf. Une précaution consiste à alterner un ou deux pleins d'éthanol avec un plein d'essence.
Le gazole non routier (GNR), chimiquement proche du gazole routier mais coloré en rouge et moins taxé, est réservé à des usages professionnels comme l'agriculture, la foresterie, les chantiers et le BTP. L'utiliser dans une voiture personnelle sur la route expose à une forte amende et à la saisie du véhicule. Des problèmes mécaniques peuvent aussi survenir selon la formulation du GNR, sa teneur en biocomposants, son stockage, son oxydation ou la présence d'eau.
Le fioul domestique, également proche du gazole et soumis à un régime fiscal privilégié, entraîne les mêmes conséquences fiscales en cas d'infraction que le GNR. Les spécialistes signalent des risques pour les injecteurs, surtout sur les moteurs modernes, dont le remplacement peut coûter plusieurs milliers d'euros.
Enfin, le XTL, un diesel paraffinique de synthèse non issu du pétrole brut et autorisé pour les particuliers en France, ne peut être utilisé que dans les véhicules dont le constructeur autorise ce carburant. Le ministère de la Transition écologique publie des listes de véhicules compatibles. Le HVO100, produit à partir de gaz, de biomasse ou de déchets, constitue une option pour certains diesels modernes. Ces solutions restent toutefois conditionnées au respect des normes et des préconisations des constructeurs.
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