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Carburants : pourquoi les prix varient du simple au double selon les régions

Alors que le prix des carburants atteint des niveaux historiques en France, les tarifs moyens affichés à la pompe varient sensiblement d'une région à l'autre, du Grand-Est à la Bretagne. Modèle commercial des stations, densité de la concurrence et modes d'acheminement expliquent ces écarts.

Carburants : pourquoi les prix varient du simple au double selon les régions
Crise des carburants : Plus cher dans le Grand-Est qu’en Bretagne… Pourquoi les prix varient d’une région à l’autre ?

Le prix des carburants n'a jamais été aussi élevé en France, mais tous les automobilistes ne sont pas logés à la même enseigne. Selon un baromètre réalisé par le site à partir des données du ministère de l'Économie, les moyennes régionales affichent des écarts significatifs, avec un litre de carburant à 2,445 euro en Bourgogne-Franche-Comté, contre 2,304 euro en Corse.

Derrière ces chiffres, la Bourgogne-Franche-Comté (2,445 €/L), le Grand-Est (2,436 €/L) et Auvergne-Rhône-Alpes (2,434 €/L) figurent parmi les régions les plus chères. À l'inverse, la Corse (2,304 €/L), la Bretagne (2,389 €/L) et la Nouvelle-Aquitaine (2,396 €/L) affichent des tarifs moyens plus modérés. Ces écarts ne relèvent ni du hasard ni d'une simple question de géographie, mais d'une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels.

« Ces différences de prix sont multifactorielles », résume Blandine Ruty, secrétaire générale de l'Union française des industries pétrolières (UFIP). Elles dépendent d'abord de la taille des stations et de leur modèle commercial. Depuis l'arrêté du 29 janvier 1985 relatif aux prix de vente des carburants, le prix en station est libre et varie en fonction de l'évolution du marché. Les stations fixent donc elles-mêmes les tarifs affichés à la pompe.

« Une station rurale qui se réapprovisionne moins souvent ou une station d'autoroute sans concurrence affiche des prix plus élevés qu'en grande surface », détaille la spécialiste. En Bretagne, la présence importante de grandes et moyennes surfaces tire les prix vers le bas. Cette densité accentue la concurrence entre les points de vente. « Plus les grandes surfaces se comparent, plus les prix baissent pour attirer le client », vulgarise Michel Fayad, spécialiste de la géopolitique et des marchés des hydrocarbures.

Le mode d'acheminement du carburant joue également un rôle déterminant. « Un acheminement par oléoduc coûte moins cher qu'un acheminement par bateau et un acheminement par bateau coûte moins cher qu'une flotte de camions », simplifie l'expert. Lorsque le niveau du Rhin a particulièrement baissé cet été, l'approvisionnement des stations du Grand-Est a dû être entièrement repensé. « Quand il n'y a plus assez d'eau, les barges sont moins chargées ce qui implique d'augmenter le nombre de voyages » ou de passer par voies terrestres, ajoute-t-il. Résultat : « cet été, en Alsace, les stations ont manqué d'essence », et le problème persiste, avec un coût supplémentaire à la clé.

En Bretagne, l'absence d'autoroutes et donc de péages contribue à réduire le coût d'acheminement du carburant. La Corse, qui s'impose cette semaine comme la région où le carburant est le moins cher, « fonctionne avec un système de livraison insulaire spécifique », souligne Blandine Ruty. « La situation sur l'île n'est donc pas vraiment comparable avec le reste de la France. »

Ces disparités régionales s'inscrivent dans un contexte de flambée générale des prix. Le gazole a atteint dimanche 20 septembre son plus haut niveau historique en France, à 2,41 euros le litre en moyenne, selon les données disponibles. La part des certificats d'économies d'énergie (CEE) dans le litre de gazole à 2,383 euros représentait plus de 16,5 centimes d'euro au 18 septembre, selon l'UFIP.

La hausse des prix pèse sur le comportement des consommateurs. À la pompe, les tarifs records de l'essence font chuter la consommation, ce qui réduit d'autant les rentrées fiscales pour l'État. Un effet ciseau qui alimente le débat sur la fiscalité des carburants et sur les dispositifs de plafonnement des prix, à l'image du modèle belgo-luxembourgeois dont l'Allemagne souhaite s'inspirer.

Pour les automobilistes, ces variations régionales signifient que faire le plein peut coûter sensiblement plus cher selon le lieu de résidence ou de passage. Les experts rappellent toutefois que ces écarts reflètent des réalités logistiques et concurrentielles profondément ancrées, et non une simple différence de politique tarifaire des enseignes.

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Rémi Lefèvre

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Reporter sport

Rémi Lefèvre couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.