Économie 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Droits de douane : les États-Unis frappent le Canada, Ottawa promet une riposte
Les négociations commerciales entre Washington et Ottawa ont échoué. Depuis samedi, des surtaxes américaines de 50 % s'appliquent à environ 20 milliards de dollars de produits canadiens. Le Canada annonce des mesures de rétorsion ciblant l'acier et les produits laitiers américains.
Le bras de fer commercial entre les États-Unis et le Canada est entré dans une nouvelle phase. Faute d'accord de dernière minute, les droits de douane américains de 50 % voulus par Donald Trump sont entrés en vigueur samedi 22 août. Ils frappent environ 20 milliards de dollars de produits canadiens, soit près de 5 % des marchandises que le Canada exporte chaque année vers son voisin du sud. Ottawa a immédiatement promis une riposte « au dollar près », faisant monter la tension entre les deux pays.
Le président américain avait fixé un ultimatum à vendredi soir pour permettre la conclusion d'un accord commercial. Les discussions avaient pourtant connu des avancées ces dernières semaines, Washington ayant accepté de repousser l'entrée en vigueur des surtaxes au 21 août afin de laisser plus de temps aux négociateurs. Mais les deux camps n'ont pas réussi à s'entendre sur les dernières conditions. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, accuse Ottawa d'avoir refusé de finaliser l'accord proposé, pointant de nouvelles demandes canadiennes et des concessions remises en question.
Les produits visés par ces nouvelles surtaxes comprennent notamment le matériel de hockey, le ciment, la bière, certains équipements électriques et des produits alimentaires. De son côté, le Premier ministre canadien Mark Carney a décidé de mettre fin aux négociations et de rappeler son équipe à Ottawa. Il juge les dernières modifications proposées par Washington « injustes » et « non économiques », estimant qu'elles remettaient en cause la fiabilité d'un éventuel accord. « Nous ne laisserons aucun pays décider de notre avenir », a-t-il déclaré, avant d'assurer que le Canada « s'éloignait d'un mauvais accord ».
La riposte canadienne est déjà programmée. Des droits de douane visant des produits américains doivent entrer en vigueur le 8 septembre. Ils concerneront l'acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, les équipements agricoles, la pâte à papier et les produits électroniques. Le Canada ne pouvait « pas accepter » ce que proposaient les États-Unis pour sceller un accord commercial et éviter l'entrée en vigueur des surtaxes, a expliqué le gouvernement canadien, qui ne « leur donnera pas » satisfaction sur ce point.
Cette position est largement soutenue au Canada. Un sondage récent indique que 56 % des Canadiens sont favorables à une ligne dure et à la fin des concessions face à Washington. La rhétorique de Donald Trump, qui répète vouloir faire du Canada le « 51e État » américain, est particulièrement mal vécue dans le pays. Mark Carney bénéficie donc d'un soutien important dans l'opinion publique sur ce dossier.
Le pari du Premier ministre canadien n'est toutefois pas sans danger. Le Canada reste extrêmement dépendant de son voisin : environ 70 % de ses exportations sont destinées aux États-Unis. Les deux pays ont échangé environ 880 milliards de dollars de biens et services l'an dernier, ce qui illustre le poids de leur relation économique. Les nouvelles surtaxes américaines ne concernent qu'une partie des exportations canadiennes, mais leur coût devrait être « réel », notamment au Québec et en Ontario, où les secteurs du hockey, du ciment et de la bière sont particulièrement implantés.




