Économie 4 min de lecture Par Noémie Weber
Héritage : ce que pèsent les très gros patrimoines et ce qu'ils paient déjà
Raphaël Glucksmann a proposé de taxer davantage les très gros héritages en cas d'élection présidentielle. L'occasion de rappeler ce que représentent ces transmissions et le niveau actuel de leur imposition en France.
Raphaël Glucksmann, tête de liste de Place publique, a annoncé dimanche 23 août sa volonté de taxer plus lourdement les très gros héritages s'il était élu à la présidence de la République. Cette proposition relance le débat sur la transmission du patrimoine en France, un sujet régulièrement mis sur la table politique. Mais que représentent concrètement ces héritages dans le pays, et à quel niveau sont-ils déjà imposés ?
La question de la « grande transmission » s'inscrit dans un contexte démographique et économique particulier. Les héritages et donations représentent chaque année en France des montants considérables, qui se sont accrus avec la hausse des prix de l'immobilier et la constitution de patrimoines importants par les générations du baby-boom. Les très gros héritages, ceux qui dépassent plusieurs millions d'euros, ne concernent qu'une infime minorité de transmissions, mais concentrent une part significative des montants totaux transmis.
Le système fiscal français prévoit déjà une imposition progressive des successions, avec des abattements selon le lien de parenté. Pour un enfant, l'abattement est de 100 000 euros sur la part reçue de chacun de ses parents. Au-delà, le barème s'applique par tranches, avec des taux qui peuvent atteindre 45 % pour la part taxable dépassant 1,8 million d'euros. Pour les transmissions entre époux ou partenaires de Pacs, une exonération totale est prévue. Les donations effectuées de son vivant bénéficient également d'abattements renouvelables tous les quinze ans.
Malgré ces mécanismes, les très gros patrimoines bénéficient de possibilités d'optimisation qui réduisent sensiblement la charge fiscale effective. Les dispositifs d'exonération sur les biens professionnels, les assurances-vie ou encore certains montages juridiques permettent de transmettre des capitaux importants avec une imposition limitée. C'est précisément cet écart entre le barème théorique et la taxation réelle que Raphaël Glucksmann entend combler en proposant une taxation spécifique des très gros héritages.
La proposition s'inscrit dans un débat plus large sur la répartition des richesses et la justice fiscale. Les partisans d'une fiscalité renforcée sur les successions estiment que la concentration du patrimoine se reproduit de génération en génération, freinant la mobilité sociale. Les opposants, eux, mettent en avant le risque de voir les capitaux quitter la France et les conséquences sur l'épargne et l'investissement. Le débat promet d'animer la campagne présidentielle, alors que les questions de pouvoir d'achat et de finances publiques occupent déjà une place centrale.
La mesure, si elle était mise en œuvre, nécessiterait une réforme du code général des impôts et soulèverait des questions techniques complexes, notamment sur la définition du seuil à partir duquel un héritage serait considéré comme « très gros ». Les modalités précises de la proposition de Raphaël Glucksmann n'ont pas été détaillées à ce stade, mais l'annonce a déjà suscité des réactions dans le monde politique et chez les professionnels du patrimoine.




