Politique 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Présidentielle 2027 : ce qu’il faut retenir du premier débat économique au Medef
Sept candidats à la présidentielle 2027 ont débattu jeudi à Paris lors de l’université d’été du Medef. Dette publique, retraites et bilan macroniste ont dominé les échanges, marqués par des attaques croisées entre Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal, Édouard Philippe et Marine Le Pen.
Le premier grand rendez-vous de la campagne présidentielle s’est tenu jeudi après-midi à Roland-Garros, à Paris, où le Medef avait convié sept candidats déclarés à débattre de leurs programmes économiques devant les chefs d’entreprise réunis pour son université d’été. Cette joute inédite a rapidement tourné à l’affrontement sur la dette publique, les retraites et le bilan des deux quinquennats macronistes.
Dès son arrivée, Jean-Luc Mélenchon a donné le ton en critiquant le rapprochement entre le Rassemblement national et une partie du patronat. « C’est dans l’ordre des choses. Le Rassemblement national est un parti lamentable et il y a des patrons lamentables », a lancé le candidat de La France insoumise, promettant de dire aux entrepreneurs « leurs quatre vérités ». Une sortie qui a fait sourire ses soutiens mais a installé un climat hostile avant même l’ouverture des débats.
Le leader insoumis s’est rapidement retrouvé au centre des attaques en raison de sa proposition, formulée quelques jours plus tôt, de « foutre au feu » 600 milliards d’euros de dette française détenus par la Banque de France. Édouard Philippe a vertement répondu : « Cela pourrait m’amuser si ce n’était pas extrêmement dangereux. La France va finir interdite bancaire, la France a une parole. » Gabriel Attal a renchéri en interrogeant Mélenchon : « Vous proposez d’annuler la dette, mais vous voulez quand même continuer à augmenter les impôts, c’est par pur sadisme ? » L’intéressé a répliqué en appelant à « trouver des marges de manœuvre » et à ne pas « caricaturer » le débat.
La réforme des retraites, actuellement en pause, s’est imposée comme l’un des sujets structurants de la prochaine élection. Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon ont réaffirmé leur volonté d’abroger définitivement la réforme d’Emmanuel Macron. Raphaël Glucksmann s’est distingué à gauche en plaidant pour « une réforme juste » du système, « car nous ne sommes pas égaux face au travail ». Bruno Retailleau a proposé de lier l’âge de départ à l’espérance de vie, tout en appelant à travailler davantage, tandis que Gabriel Attal a défendu l’introduction d’un mécanisme de « capitalisation ».
Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron ont subi de nombreuses critiques sur le bilan des deux quinquennats. Marine Le Pen a asséné : « Vous avez été ceux qui ont creusé la dette de 1 000 milliards. » Marine Tondelier a déploré que « dans 18 mois, la France aura atteint son plus bas bilan industriel de son Histoire ». Raphaël Glucksmann a ironisé : « C’est bien qu’ils soient deux d’ailleurs, car pour défendre ce bilan, il vaut mieux être deux. » Les intéressés ont esquivé, Attal se contentant d’évoquer « des échecs et des réussites » sans s’étendre.
Marine Le Pen, candidate malgré sa condamnation en appel, a tenté de rassurer le monde économique en annonçant un plan d’économies de 125 milliards d’euros avant le débat budgétaire. Elle a toutefois été prise à partie par Raphaël Glucksmann sur ses pistes de réduction : « Quand on vous pose des questions sur la dette, vous répondez “les immigrés et l’Europe” ! Vous promettez l’immigration zéro mais vous allez vous rendre compte qu’on a besoin d’une immigration de travail, ou alors vous coulerez l’économie française. »
L’ambiance a été ponctuée par une averse drue sur le toit du stade, obligeant les candidats à hausser la voix. Édouard Philippe en a profité pour ironiser : « Il y a un déluge au-dessus de ma tête… C’est un débat présidentiel, François Hollande n’est pas là, et pourtant il pleut ! » Gabriel Attal a, lui, piqué ses adversaires de gauche : « Si ça pouvait convaincre Marine Tondelier, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann de laisser les agriculteurs stocker de l’eau, ça serait déjà une bonne chose. » Alors que les tribunes se vidaient peu à peu, Jean-Luc Mélenchon a résumé son sentiment : « J’ai parfois du mal à suivre… »




