Politique 5 min de lecture Par Noémie Weber
Présidentielle 2027 : la trêve entre Philippe et Attal vacille à l'approche de la rentrée
L'entente entre Édouard Philippe et Gabriel Attal pour la présidentielle de 2027 se fissure. Un récent sondage plaçant le maire du Havre en baisse a ravivé les tensions entre les deux camps, qui se disputent désormais la place de principal candidat du bloc central.
L'accord de non-agression conclu au printemps entre Édouard Philippe et Gabriel Attal pour la présidentielle de 2027 semble avoir vécu. Les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron, candidats déclarés à l'Élysée, avaient convenu de laisser les sondages trancher leur duel latent, en espérant éviter un doublon fatal au bloc central. Mais la publication lundi d'un sondage Harris Interactive-Toluna pour M6 et RTL a brutalement ravivé les tensions, chacun des deux camps estimant que l'autre est en train de perdre son pari.
Dans cette enquête, Édouard Philippe perd trois points en un mois et se retrouve à égalité à 17 % avec Jean-Luc Mélenchon, loin derrière Marine Le Pen (35 %). Un résultat qui a électrisé l'entourage de Gabriel Attal, lequel stagne pourtant à 15 %. « Édouard Philippe est en train de perdre son pari d'être le rempart au premier tour face à Jean-Luc Mélenchon et le rempart au second tour face à Marine Le Pen », analyse-t-on dans l'entourage du patron de Renaissance. De son côté, Gabriel Attal s'est félicité à demi-mot sur LCI qu'« il n'y a plus de favori » dans le bloc central. « Personne n'a plié le match. Si certains se présentaient comme rempart face aux extrêmes, tout ça a volé en éclats », appuie Anne Genetet, ancienne ministre de l'Éducation nationale et soutien du trentenaire.
Les deux rivaux ont d'ailleurs choisi de marquer leur territoire sur le même terrain cette semaine. À quelques heures d'intervalle, Édouard Philippe a présenté ses mesures sur l'école dans un entretien au Figaro lundi soir, tandis que Gabriel Attal a fait de même dans Le Monde mardi matin. Une séquence qui illustre la nouvelle donne : il n'est plus question de céder le moindre espace médiatique. L'hyperactivité estivale de Gabriel Attal, qui a multiplié les déplacements et les passages dans les médias, n'est pas passée inaperçue dans le camp adverse. « C'est à l'image du personnage, qui a une certaine retenue. Édouard Philippe n'est pas dans la surenchère médiatique, et n'a pas besoin de courir après tous les sujets comme un feu follet, car trop de com' tue la com' », réplique Xavier Albertini, député Horizons de la Marne.
Le maire du Havre, qui a fait sa rentrée politique le week-end dernier à Mayotte sur le thème de l'immigration, tente de calmer le jeu. « J'appelle tout le monde à adopter ce que les gens d'expérience connaissent, le calme des vieilles troupes, c'est toujours très précieux », a-t-il déclaré. Ses soutiens assurent qu'il garde sa route. « L'enjeu pour Édouard Philippe n'est pas d'observer ce que font les concurrents, qui ont moins d'expérience que lui, mais de tracer sa route. Il est en maîtrise de son tempo », défend Maël de Calan, l'un de ses porte-parole. Le candidat Horizons, qui a récemment obtenu l'appui du ministre de la Justice Gérald Darmanin, sera à sa rentrée politique dimanche à Tourcoing. « La dynamique est de notre côté. Édouard Philippe est le seul à pouvoir rassembler du centre jusqu'à la droite », ajoute Maël de Calan.
Officiellement, un comité de liaison du bloc central a été mis en place pour maintenir le dialogue. Mais l'entente cordiale semble bien fragile, avant même que la campagne n'entre dans le dur. « Attal a plus d'argent, Philippe les meilleures cartes. Les deux sont proches dans les sondages… Vous avez tous les ingrédients d'un duel fratricide. Et l'enjeu derrière, c'est l'Élysée », analyse un cadre Les Républicains, qui connaît les ravages d'une campagne interne. Alors que les deux hommes se retrouveront jeudi à Roland-Garros pour un premier débat présidentiel organisé par le Medef, l'inquiétude gagne certains macronistes. « La primaire est une machine à perdre. Mais sans primaire, il n'y a pas de règle, il y a un côté sauvage. On est dans une course à l'échalote, et personne n'adopte vraiment la posture de rassemblement », soupire Erwan Balanant, député MoDem du Finistère, qui conclut : « Plus ça va aller et moins ils vont s'entendre. On file tout droit vers la catastrophe. »




