Société 5 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Mobilisation lycéenne : l'acte III sous tension après l'amputation d'un élève à Lens
Les lycéens et étudiants sont appelés à manifester partout en France pour réclamer des moyens, des embauches et la suppression de Parcoursup. Cette troisième journée d'action intervient après la grave blessure d'un lycéen à Lens et dans un contexte de vives critiques sur la doctrine de maintien de l'ordre.
Les lycéens et les étudiants sont appelés à descendre dans la rue partout en France pour une troisième journée de mobilisation. Ils réclament des moyens et des embauches dans l'éducation nationale, un plan de rénovation du bâti scolaire et la suppression de Parcoursup. Cette nouvelle journée d'action intervient alors que la question de la doctrine de maintien de l'ordre est plus que jamais posée, après qu'un lycéen a perdu la main, arrachée par une grenade de désencerclement lundi à Lens.
La veille de cette mobilisation, 589 établissements avaient déjà été perturbés, selon le décompte de l'Éducation nationale. L'Intersyndicale appelle à soutenir le mouvement, et certains syndicats d'enseignants du secondaire ont appelé à la grève. Dans la capitale, les services d'ordre syndicaux seront déployés pour assurer la sécurité du cortège.
La tension est d'autant plus vive que le maintien de l'ordre face à de jeunes manifestants est devenu un véritable casse-tête pour les autorités. Plus de 5 000 interpellations ont eu lieu depuis la mi-septembre, dont 85 % de mineurs, et cinq enquêtes ont été confiées à l'IGPN. La stratégie policière lors des blocages suscite de vives tensions, entre impératifs de sécurité publique et garantie du droit de manifester.
Lundi, à Lens, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade policière, un événement qui a profondément marqué les esprits et relancé le débat sur l'usage de certaines armes lors des manifestations. Face à cette situation, deux personnalités politiques ont affiché leur convergence. Dominique de Villepin et François Ruffin se sont affichés lundi aux côtés de lycéens, déclinant plusieurs propositions communes et appelant à des « réponses politiques » et non « policières » à la mobilisation lycéenne.
À la veille de cet « acte III » du mouvement, les deux responsables politiques ont dialogué avec plusieurs lycéens et représentants d'organisations de jeunesse dans une brasserie parisienne. « Nos personnalités, avec leurs divergences, peuvent avoir une utilité. Le rassemblement doit primer sur le déchirement », a lancé François Ruffin lors d'un point presse, tandis que Dominique de Villepin estimait que « la jeunesse est au-dessus de tout ce qui peut nous diviser ».
Dans une allocution commune, les deux hommes ont dénoncé la politique de maintien de l'ordre du gouvernement vis-à-vis des mobilisations. « Il faut que la politique de maintien de l'ordre prenne en compte la situation particulière d'un mouvement social lycéen », a plaidé l'ancien Premier ministre, fustigeant notamment les « charges » des forces de l'ordre ou encore les « politiques de nasse ». Les deux personnalités demandent notamment la fin de l'utilisation de LBD et des grenades de désencerclement lors des mouvements de lycéens. « Il ne faut pas une réponse policière, il faut une réponse politique », a renchéri François Ruffin.
Le député de la Somme a également demandé un plan de rénovation d'urgence des bâtiments scolaires, s'indignant du « pourrissement » des salles de classe, une revendication qu'il dit avoir entendue à de nombreuses reprises ces derniers jours. Il s'est aussi positionné pour que la part du budget de l'Éducation nationale dans le budget de l'État soit sanctuarisée, quand bien même le nombre d'élèves diminue.
Les deux prétendants à l'Élysée — François Ruffin est candidat déclaré, Dominique de Villepin souhaite l'être — ont également plaidé pour le droit de vote dès 16 ans, ainsi que pour la suppression de Parcoursup. « L'avenir ne peut pas être géré par un algorithme », a expliqué le député de gauche, qui veut également mettre l'accent sur l'accompagnement de l'enseignement professionnel.
Alors que des milliers d'adolescents sont attendus dans les rues, les autorités doivent trouver un équilibre difficile entre sécurité publique et respect du droit de manifester. La journée s'annonce sous haute tension, et tous les regards seront tournés vers les cortèges pour voir si le dialogue l'emporte sur l'affrontement.
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