Société 3 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Parents de la « martyre de l'A10 » jugés, leur état de santé au cœur des débats
Ahmed Touloub et Halima El Bakhti comparaissent devant la cour d'assises du Loir-et-Cher pour la mort de leur fille Inass, retrouvée mutilée en 1987 au bord de l'A10. Dès le premier jour, leurs troubles de la mémoire et leurs versions contradictoires ont dominé l'audience.
Ahmed Touloub, 74 ans, et Halima El Bakhti, 72 ans, sont jugés depuis ce lundi 2 novembre par la cour d'assises du Loir-et-Cher, à Blois, pour la mort de leur fillette Inass, retrouvée morte et mutilée en 1987 sur le bas-côté de l'autoroute A10. Près de quarante ans après les faits, l'état de santé des deux accusés, leurs souvenirs et leurs versions contradictoires occupent une large part des débats. La défense a demandé qu'Ahmed Touloub fasse l'objet d'une expertise psychiatrique complémentaire.
Dès l'ouverture de l'audience, les deux accusés se sont accusés mutuellement. « C'est pas vrai », a assuré la première. « Moi, j'ai rien fait », a répondu le second. Interrogée par la présidente de la cour, Audrey Debeugny, sur d'éventuels actes de torture et de barbarie sur sa fille, Halima El Bakhti a d'abord déclaré reconnaître les faits, avant de dire le contraire et d'accuser son ex-mari d'avoir « beaucoup menti ». Ahmed Touloub, jugé pour complicité, a rétorqué qu'il était lui-même battu et n'aurait pas pu être complice. Depuis sa garde à vue, en juin 2018, il affirme avoir été témoin des violences de sa femme sans jamais intervenir. Elle n'admet que des gifles sur l'enfant et nie avoir porté les coups mortels.
Au fil de la journée, les troubles de mémoire ont été évoqués à plusieurs reprises. Ahmed Touloub a déclaré : « J'ai des troubles de la mémoire ». Halima El Bakhti, elle, a affirmé ne plus se souvenir de son adresse ou d'un rendez-vous avec un médecin, et s'est contredite à plusieurs reprises en quelques phrases. Interrogée sur sa capacité à s'expliquer, elle a répondu : « Je vais essayer de venir et assumer », puis : « C'est très compliqué pour moi ». Assis côte à côte tout au long de la journée, les deux accusés n'ont pas échangé un seul regard.
Le corps de la fillette avait été découvert sur le bas-côté de l'A10 un après-midi d'août 1987. L'enfant n'a été identifiée qu'en 2017, après la condamnation de son oncle dans une banale bagarre entre voisins : c'est son ADN qui a permis de remonter jusqu'à ses parents. Lors de la présentation de l'autopsie, la présidente a détaillé des fractures anciennes jamais soignées, des hématomes, des brûlures au fer à repasser et de nombreuses morsures, 27 traces ayant été recensées sur le visage. La photo de l'avis de recherche avait dû être retouchée pour être diffusée. Les jurés ont cessé de prendre des notes pendant cette présentation.
À l'extérieur du palais de justice, des militants de l'association Mouv'Enfants ont pris à partie les accusés, les traitant d'assassins. Halima El Bakhti a dû être évacuée par les policiers, et une enquête a été ouverte à la suite de ces incidents. Le procès se poursuit, avec la question centrale de ce qu'il est encore possible d'établir après près de quarante ans, alors que l'accusée encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Source: franceinfo.fr
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