Société 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Violences sexuelles : un questionnaire étendu à 10 millions d'élèves à la rentrée
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, annonce l'ajout de questions sur les violences sexistes et sexuelles au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, adressé à 10 millions d'élèves de la maternelle au lycée.
La lutte contre les violences sexuelles fait un nouveau pas dans les établissements scolaires. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé lundi que des questions sur les violences sexistes et sexuelles seront ajoutées au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire distribué chaque année aux élèves. Ce dispositif concernera l'ensemble du parcours scolaire, de la grande section de maternelle à la terminale.
« 10 millions d'élèves seront interrogés sur ce qu'ils ont éventuellement été amenés à subir », a expliqué le ministre dans un entretien accordé à plusieurs journaux de la presse quotidienne régionale. Il a rappelé qu'« un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles en France », un chiffre qui justifie selon lui une généralisation de ce type de dépistage. Le questionnaire sera anonyme dans un premier temps, mais les élèves auront la possibilité de laisser leurs noms s'ils souhaitent rencontrer un adulte de confiance.
Le contenu du questionnaire sera élaboré en concertation avec les personnels scolaires, les associations de parents d'élèves et un comité d'experts comprenant notamment des pédopsychiatres. Le ministre a prévenu que « les résultats risquent d'être sismiques, car le phénomène est massif ». Il a souligné que l'Éducation nationale est déjà le premier signaleur des violences sur mineurs, avec 88 000 informations préoccupantes émises l'année dernière pour violences sexuelles ou défaillances parentales.
Cette annonce intervient dans un contexte marqué par plusieurs scandales de violences sexuelles dans le périscolaire parisien, révélés à l'automne 2025. Des dizaines d'animateurs ont été suspendus, notamment pour agressions sexuelles, et des cas similaires ont été signalés dans d'autres régions de France. Ces affaires ont mis en lumière les difficultés de détection et de signalement des violences commises sur les mineurs, y compris dans les cadres censés les protéger.
Le ministre s'est exprimé à la veille de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée, lors d'une rencontre avec neuf journalistes de la presse quotidienne régionale. Il a également évoqué d'autres sujets pour l'année scolaire 2026-2027, qui débutera le 1er septembre, comme l'interdiction du téléphone au lycée, la carte scolaire, les écrans, les réseaux sociaux ou encore le niveau d'exigence au bac et au brevet.
La généralisation de ce questionnaire marque une évolution notable dans la politique de protection de l'enfance menée par le ministère. En interrogeant directement les élèves, y compris les plus jeunes, les autorités espèrent mieux mesurer l'ampleur des violences et identifier plus rapidement les victimes. Le caractère facultatif de l'identification nominative vise à concilier la nécessité d'un dépistage large avec la protection de la vie privée des élèves et la crainte de représailles.
Les associations de protection de l'enfance attendent désormais de connaître les modalités précises de mise en œuvre, notamment la formation des personnels chargés de recueillir les confidences et le traitement réservé aux signalements. Le ministère devra également veiller à ce que les élèves soient informés des suites données à leurs réponses et des dispositifs d'accompagnement disponibles dans les établissements.




