Technologie 4 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Une entreprise ukraino-estonienne développe une main prothétique bionique visant 100 euros
La société Haydamax OÜ, enregistrée en Estonie, a annoncé en novembre le lancement du développement d'une main prothétique bionique dont l'objectif de prix est fixé à 100 euros. Le projet, mené avec le laboratoire Oxogent, repose sur des muscles artificiels hydrauliques et en est encore au stade numérique.
La société technologique ukraino-estonienne Haydamax OÜ, enregistrée en Estonie, a annoncé en novembre le lancement du développement d'une main prothétique bionique dont le prix cible pourrait descendre jusqu'à 100 euros. Le projet est mené par le laboratoire Oxogent, qui travaille sous le nom de travail H-MUSCLE, avec des travaux prévus dans un laboratoire situé en Allemagne.
Aujourd'hui, les prothèses bioniques à haute fonctionnalité coûtent plusieurs dizaines de milliers d'euros. Le chiffre de 100 euros par main constitue un objectif d'ingénierie et non un prix confirmé. La première étape de développement est estimée à environ 1,5 million d'euros. Les modalités précises de ce financement, ainsi que les délais pour un premier prototype physique et une éventuelle production de masse, n'ont pas été communiqués.
La particularité technique du projet tient à son mode d'actionnement. Plutôt que d'utiliser des moteurs électriques, la main s'appuie sur des muscles artificiels de type McKibben, des actionneurs hydrauliques imaginés par Joseph McKibben dans les années 1950. Les concepteurs décrivent un « maillage musculaire » composé de faisceaux de fibres enroulés autour d'os artificiels. Certaines fibres sont placées dans l'avant-bras afin d'allonger la course du mouvement, ce qui permet de transmettre une force plus importante jusqu'aux doigts sans alourdir la partie préhensile.
Le système comporte environ 40 canaux musculaires, un nombre proche de celui qui anime une main humaine. Ces canaux ne sont pas pilotés individuellement mais par groupes coordonnés, une approche qui doit simplifier la commande de la prothèse tout en permettant des gestes précis. À ce stade, l'équipe a construit un modèle numérique complet de la main, sans prototype physique.
Pour définir les postures naturelles, les ingénieurs se sont appuyés sur un jeu de données ouvert regroupant 22 personnes réalisant 26 tâches quotidiennes. Ce matériau sert de référence pour calibrer les mouvements sur des gestes réellement effectués dans la vie courante. Le développement se concentre sur le pouce, la mobilité de la paume, la précision de la préhension et la manipulation de petits objets, des fonctions souvent décisives dans l'autonomie d'un porteur.
Le principal défi technique identifié reste l'alimentation en fluide. Le dispositif doit être à la fois compact, peu coûteux et capable de contrôler la pression avec précision, trois exigences qui se contrarient souvent. Sans solution satisfaisante sur ce point, l'objectif de prix ne pourra pas être tenu, puisque l'alimentation pèse directement sur le coût et l'encombrement de l'ensemble.
Le projet présente un intérêt particulier pour l'Ukraine, où les besoins en prothèses ont fortement augmenté depuis le début de l'invasion russe à grande échelle. Cette hausse de la demande explique en partie l'attention portée à une solution moins chère, sans que cela préjuge de la place qu'occupera finalement ce type de main sur le marché. Les fiabilité, sécurité et durabilité de l'appareil n'ont pas encore été éprouvées, pas plus que les coûts d'équipement et d'adaptation médicale, qui restent inconnus à ce jour.
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