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À Arles, un front inédit s'élève contre la ligne à très haute tension en Camargue

Syndicats agricoles, écologistes et élus de tous bords se rassemblent à Arles contre un projet de ligne électrique de 400 000 volts traversant la Camargue, la Crau et les Costières de Nîmes. Le collectif THT 13/30 redoute un passage en force de l'État avant l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique.

À Arles, un front inédit s'élève contre la ligne à très haute tension en Camargue
Environnement : Un front inédit à Arles contre la ligne à très haute tension qui menace la Camargue

Un rassemblement d'une ampleur rare se tient ce samedi soir au théâtre antique d'Arles. Syndicats agricoles, militants écologistes, collectifs citoyens et élus de tous bords y affichent leur opposition commune à un projet de ligne électrique à très haute tension devant relier Jonquières, dans le Gard, à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Le tracé de 65 kilomètres traverserait les vignobles des Costières de Nîmes, le Parc naturel régional de Camargue et la plaine de la Crau.

Porté par le gestionnaire du réseau RTE, le projet prévoit l'implantation de 145 pylônes mesurant de 40 à 60 mètres de haut. Cette ligne aérienne de 400 000 volts doit transporter l'électricité produite par les centrales nucléaires de la vallée du Rhône vers la zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos. Pour l'État et les industriels, elle conditionne la décarbonation de ce vaste pôle économique, où de grands projets fortement consommateurs d'électricité sont attendus à l'horizon 2030.

Les opposants contestent cette analyse. Ils estiment que l'ouvrage aurait des conséquences « irréversibles » sur l'environnement et la biodiversité, notamment sur les populations d'oiseaux, dont certaines sont déjà menacées d'extinction. Ils pointent aussi les effets sur l'agriculture — vignobles, élevage, riziculture — et sur le tourisme dans des territoires à forte identité patrimoniale.

Le collectif THT 13/30, qui regroupe 34 associations du pays d'Arles, du Golfe de Fos et de la Terre d'Argence, présente ce rassemblement comme celui « de la dernière chance ». Ses membres redoutent qu'après les élections sénatoriales, le préfet n'engage l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique, donnant ainsi le feu vert officiel aux travaux. Gardians à cheval, manadiers, viticulteurs, gestionnaires d'espaces naturels et militants associatifs sont attendus aux côtés de dizaines d'élus, de la gauche au Rassemblement national, en passant par le maire Horizons d'Arles, Patrick de Carolis.

« Jamais un projet d'infrastructure n'avait suscité un tel front du refus », affirme Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif. Les présidents des deux régions concernées, Renaud Muselier pour Provence-Alpes-Côte d'Azur et Carole Delga pour l'Occitanie, ont chacun écrit au préfet pour faire part de leur inquiétude. Renaud Muselier évoque un « passage en force » qui « entraînera un blocage irrémédiable » ; Carole Delga s'interroge sur « la pertinence même de cette ligne THT » et en réclame « l'abandon ».

Malgré des mois de concertation et un débat public global organisé au printemps 2025, les positions restent figées. RTE assure avoir défini un tracé « de moindre impact ». Les opposants proposent un enfouissement partiel de la ligne, jugé trop coûteux et incompatible avec le calendrier des projets industriels par le gestionnaire du réseau.

Dans un avis publié fin août, l'Autorité environnementale a émis plusieurs réserves sur le projet de RTE. Elle recommande notamment, « pour les sites Natura 2000 dont l'intégrité ne peut être garantie par le projet, de compléter, avant la reconnaissance d'utilité publique, l'analyse des solutions alternatives ». Pour l'instance, « le coût, le délai ou la complexité ne suffisent pas […] à écarter une solution sensiblement moins dommageable ».

« Nous ne sommes pas contre l'énergie ou l'industrie, répète avec force Jean-Laurent Lucchesi, du collectif 13/30. Ce que nous demandons, c'est que l'État ouvre une véritable négociation de fond avec les élus et les populations. » Faute de quoi, les opposants promettent de nombreux recours judiciaires. Certains se disent prêts à radicaliser leur action, évoquant un « Notre-Dame de Camargue », en référence à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique.

Rémi Lefèvre

Auteur

Reporter sport

Rémi Lefèvre couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.