Actualités 4 min de lecture Par Noémie Weber
Charles Sapin arrive sur France Inter et franceinfo TV, tollé au sein du service public
Le recrutement de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, à France Inter et franceinfo TV provoque une grève et des manifestations au sein de Radio France, où les personnels dénoncent une ligne rouge franchie.
Le recrutement de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, à France Inter et franceinfo TV a déclenché une vive controverse au sein du service public. Depuis le 30 août, le journaliste signe un édito politique hebdomadaire de deux minutes trente le dimanche matin sur France Inter, une arrivée qui s'inscrit dans le cadre de la rentrée 2026 et qui a immédiatement suscité l'opposition des personnels de Radio France.
Transfuge de l'hebdomadaire Le Point, Charles Sapin a rejoint cet été la direction de Valeurs actuelles, un magazine conservateur plusieurs fois condamné en justice, notamment pour avoir représenté l'élue LFI noire Danièle Obono en esclave en 2020. Les syndicats pointent également la présence parmi ses actionnaires du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, réputé proche de l'extrême droite. Dans une motion adoptée le 2 septembre, les personnels de France Inter ont exprimé leur « refus catégorique » de ce recrutement, jugeant Valeurs actuelles « pas compatible » avec les valeurs du service public.
La mobilisation ne s'est pas limitée aux mots. Ce dimanche 13 septembre, à l'appel de l'intersyndicale, une centaine de manifestants se sont rassemblés devant la Maison de la radio à Paris, dans le 16e arrondissement. L'orchestre de Radio France a ouvert la manifestation, qui réunissait salariés et auditeurs. « Que ce monsieur soit invité à participer à une émission d'accord, mais pas qu'il soit recruté par Radio France », a déclaré Agnès, auditrice parisienne de 65 ans. « Une ligne rouge a été franchie mais elle ne vient pas de nulle part : il y a une dérive depuis des années, où l'opinion a pris le pas sur le travail des journalistes », a estimé Julien Ente, enseignant. La radio France Inter était en grève ce dimanche, au cœur du mouvement.
Face à la polémique, la direction de France Inter défend ce recrutement au nom du pluralisme. Interrogée jeudi à l'antenne par la médiatrice de Radio France, la directrice de la station, Céline Pigalle, a jugé le pluralisme « fondamental » pour une radio publique : « C'est une de nos missions premières ». Elle a mis en avant l'arrivée d'autres éditorialistes venus de médias aux colorations diverses, citant le Nouvel Obs, Alternatives économiques ou le Financial Times. Selon elle, Charles Sapin lui a assuré avoir rejoint Valeurs actuelles « pour en changer la ligne éditoriale ». « Je crois que je peux avoir confiance en lui pour ne pas mettre l'antenne de France Inter en danger », a-t-elle déclaré.
Ce conflit intervient à un moment sensible pour le service public audiovisuel, à l'approche de l'élection présidentielle. La direction justifie l'arrivée de Charles Sapin par la nécessité d'élargir les sensibilités représentées à l'antenne, tandis que les syndicats dénoncent une porosité croissante entre les médias d'opinion et les rédactions publiques. La grève et la manifestation de dimanche témoignent de la profondeur du malaise au sein de Radio France, où une partie des salariés estime que les garanties déontologiques ne sont plus suffisantes pour préserver l'indépendance éditoriale.
Le mouvement pourrait se poursuivre dans les prochains jours, l'intersyndicale n'ayant pas exclu de nouvelles actions si la direction maintient sa position. Pour l'heure, Charles Sapin continue d'assurer sa chronique dominicale sur France Inter, tandis que sa nomination à franceinfo TV reste effective. La direction de Radio France n'a pas annoncé de changement de cap, laissant planer l'incertitude sur l'issue de ce bras de fer entre les personnels et la présidence.




