Actualités 4 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Un ministre israélien veut déchoir de leur nationalité les réalisateurs du documentaire « NAZA » primé à Venise
Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a annoncé vouloir retirer la citoyenneté israélienne à Yuval Abraham et Rachel Szor, coréalisateurs du documentaire « NAZA », primé à la Mostra de Venise. Le film donne la parole à 24 militaires et agents israéliens accusant l'armée de tuer de nombreux civils à Gaza.
Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a annoncé dimanche vouloir déchoir de leur nationalité israélienne les réalisateurs du documentaire « NAZA », Yuval Abraham et Rachel Szor, les accusant de « trahison envers l'État ». Le film, qui donne la parole à des militaires israéliens accusant l'armée de tuer de nombreux civils à Gaza, a remporté samedi le prix spécial du jury à la Mostra de Venise.
« J'agirai immédiatement pour retirer la citoyenneté israélienne » aux deux cinéastes, a déclaré Miki Zohar sur le réseau social X. Il leur reproche de vouloir « nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier », ce qui constitue selon lui « une trahison envers l'État ». Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a renchéri sur la même plateforme : « Vous êtes une honte et une source d'embarras pour tout le peuple d'Israël. Allez-vous-en ! » Il a ajouté : « Je suis certain que vos amis, c'est-à-dire nos ennemis le Hamas à Gaza, vous accueilleront les bras ouverts. »
Le documentaire « NAZA » repose sur les témoignages anonymes de 24 membres de l'armée et des services de renseignement israéliens. Ces derniers exposent la manière dont les forces israéliennes tuent de nombreux civils dans le cadre de la guerre menée contre le Hamas. Après la projection en avant-première à Venise, où le film a été ovationné pendant 25 minutes, l'armée israélienne a rejeté « catégoriquement » les accusations selon lesquelles elle tuerait massivement des civils à Gaza.
La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, mais elle est rarement appliquée. La Cour suprême a entériné en 2022 la possibilité pour l'État de déchoir de leur nationalité des personnes ayant manqué de « loyauté », en commettant par exemple des actes d'espionnage ou de trahison. La loi a en outre été élargie en 2023 pour concerner également les personnes condamnées pour « terrorisme ». Concrètement, la procédure exige que le ministre de l'Intérieur en fasse la demande, que celui de la Justice l'approuve et que des juges la valident.
Yuval Abraham et Rachel Szor sont journalistes d'investigation. Leur film a été présenté comme un « système de mise à mort » par certains observateurs. La Mostra de Venise, où il a été primé, constitue une tribune internationale de premier plan pour les documentaires engagés. La réaction des autorités israéliennes illustre la tension croissante autour des récits critiques de la conduite de la guerre à Gaza, alors que les appels internationaux à la retenue se multiplient.
Les menaces de déchéance de nationalité interviennent dans un contexte où les critiques de la politique militaire israélienne sont de plus en plus contestées au sein même de l'appareil d'État. Si la procédure reste complexe et rare, l'annonce du ministre de la Culture marque une escalade verbale contre des artistes israéliens dont le travail a été salué à l'étranger. Elle pourrait avoir des conséquences sur la liberté d'expression et sur la capacité des cinéastes israéliens à documenter les opérations militaires.
Pour l'instant, aucune décision formelle n'a été prise. La demande doit encore suivre un parcours administratif et judiciaire. Mais les déclarations de Miki Zohar et d'Itamar Ben Gvir suffisent à faire peser une menace directe sur les deux réalisateurs, qui n'ont pas encore réagi publiquement à ces annonces.




