Deux ans après les opérations de délogement des militants écologistes installés dans les arbres pour protester contre le chantier de l’autoroute A69 dans le Tarn, les séquelles psychologiques restent vives. Alors que le Conseil d’État a définitivement validé, lundi 29 juin, la construction de cette infrastructure controversée, les activistes surnommés « écureuils » témoignent d’un traumatisme persistant lié à la répression policière qu’ils ont subie.
Ces militants, qui avaient occupé les cimes des arbres pendant plusieurs semaines pour tenter d’empêcher le début des travaux, racontent aujourd’hui des nuits agitées, des crises d’angoisse et une méfiance durable envers les forces de l’ordre. Les interventions des gendarmes, parfois musclées, ont laissé des traces profondes chez ces personnes, dont certaines n’avaient jamais eu affaire à la justice auparavant.
Le conflit autour de l’A69, qui doit relier Toulouse à Castres, a été marqué par une forte mobilisation citoyenne et écologiste. Les opposants dénoncent un projet jugé dépassé, coûteux et destructeur pour l’environnement, dans une région déjà bien desservie par les routes existantes. Les « écureuils », en s’installant dans les arbres, espéraient ralentir ou stopper les abattages nécessaires au passage de l’autoroute.
Les opérations de délogement, menées par les forces de l’ordre, ont été particulièrement médiatisées. Des images de militants hélitreuillés ou descendus de force des arbres ont fait le tour des réseaux sociaux et des journaux télévisés. Mais au-delà du spectacle, ce sont les conséquences humaines qui préoccupent aujourd’hui les associations de défense des droits humains. Plusieurs militants ont été placés en garde à vue, certains ont été condamnés à des peines de prison avec sursis ou à des amendes.
Le traumatisme psychologique est désormais documenté par des psychologues et des travailleurs sociaux qui suivent certains de ces activistes. « Ils ont vécu une forme de violence institutionnelle qui les a profondément marqués », explique une psychologue clinicienne interrogée sur le sujet. « Certains développent des symptômes de stress post-traumatique, avec des flashbacks, de l’hypervigilance et une difficulté à retrouver un équilibre de vie normal. »
La décision du Conseil d’État, qui a rejeté les derniers recours des opposants, a ravivé ces souffrances. Pour les militants, cette validation définitive du projet représente une double peine: non seulement leur combat a échoué sur le plan juridique, mais les séquelles de la répression restent bien présentes. « On se sent trahis, non seulement par la justice, mais aussi par un système qui n’a pas hésité à nous traiter comme des criminels alors que nous défendions une cause légitime », confie l’un des anciens occupants des arbres.
Le chantier de l’A69, long de 53 kilomètres, est présenté par ses promoteurs comme un vecteur de développement économique pour le sud du Tarn, une zone rurale qui souffre d’un enclavement relatif. Le projet, estimé à plus de 400 millions d’euros, bénéficie du soutien des élus locaux et de la chambre de commerce et d’industrie. Mais les opposants, eux, mettent en avant l’impact environnemental: destruction de zones agricoles et forestières, émissions de gaz à effet de serre supplémentaires, et artificialisation des sols.
Le traumatisme des militants « écureuils » s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement de la répression des mouvements écologistes en France. Plusieurs associations, comme Greenpeace ou Les Amis de la Terre, ont dénoncé ces dernières années une criminalisation croissante de l’activisme environnemental. Des procès retentissants, comme celui des « Soulèvements de la Terre » ou des opposants aux mégabassines, ont alimenté ce débat.
Pour les militants de l’A69, l’heure est aujourd’hui à la reconstruction. Certains ont repris une vie normale, d’autres se sont engagés dans d’autres combats écologistes, mais tous portent les stigmates de cette expérience. « On ne sort pas indemne d’une telle épreuve », conclut l’un d’eux. « Mais on continue, parce que la planète n’a pas le temps d’attendre que nos blessures guérissent. »
Le Conseil d’État, en validant le projet, a estimé que l’utilité publique de l’autoroute l’emportait sur les considérations environnementales. Une décision qui, pour les militants, illustre le fossé entre les discours politiques sur la transition écologique et les réalités du terrain. Alors que les travaux doivent se poursuivre dans les mois à venir, le traumatisme des « écureuils » restera comme un symbole des tensions entre développement économique et protection de l’environnement.



