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Droits de douane : le Canada riposte et Mark Carney assume une stratégie risquée

Ottawa applique depuis mardi des droits de douane sur environ 20 milliards de dollars de produits américains, en réponse aux surtaxes imposées par Washington. Le Premier ministre canadien Mark Carney assume cette escalade, tout en reconnaissant un coût économique pour son pays.

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Le bras de fer commercial entre le Canada et les États-Unis entre dans une phase plus tendue. Depuis ce mardi, Ottawa applique des droits de douane de 15 %, 25 % ou 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits américains, soit 27,6 milliards de dollars canadiens. Acier, produits laitiers, électronique ou encore pâte à papier figurent parmi les marchandises concernées. Le gouvernement canadien présente ces mesures comme une riposte aux surtaxes américaines de 50 % appliquées depuis le 22 août à certains produits canadiens. Selon Ottawa, la valeur des marchandises visées correspond « au dollar près » à celle frappée par les États-Unis.

Cette escalade intervient après la rupture, le 21 août, des négociations entre le Canada et la Maison-Blanche. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, assume cette stratégie malgré les risques pour une économie très liée à son voisin. Près de 60 % des importations canadiennes proviennent des États-Unis et environ 70 % des exportations du pays y sont destinées. Dans une intervention diffusée sur YouTube, le chef du gouvernement a reconnu que « ce changement de cap aura un coût », tout en estimant que le « coût de l'immobilisme » serait plus élevé. Il a ajouté que l'avenir du Canada « ne sera pas décidé à Washington ».

Le gouvernement canadien veut notamment réduire cette dépendance grâce à de nouveaux projets énergétiques et miniers ainsi qu'à la recherche de partenaires commerciaux supplémentaires. Mark Carney accuse Washington d'avoir voulu imposer un accord « injuste » qui aurait, selon lui, fait du Canada une « filiale » des États-Unis et menacé son industrie. Il affirme également que les conditions américaines auraient remis en cause certains dispositifs liés à la langue française, dont la place des médias francophones en ligne et l'étiquetage bilingue.

La tension politique reste forte. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a demandé mardi à Mark Carney « d'arrêter de faire campagne et de commencer à gouverner », tout en assurant que le conflit commercial n'aurait pas de coût économique pour les États-Unis. Donald Trump a de son côté multiplié les provocations, notamment avec une image générée par intelligence artificielle montrant le dirigeant canadien à terre sur une patinoire et accompagnée de la formule « Debout Gouverneur ».

Malgré ces échanges, les contacts ne sont pas interrompus. Un porte-parole du négociateur canadien Dominic LeBlanc a indiqué qu'« aucune négociation commerciale officielle » n'avait repris, mais que responsables canadiens et américains continuaient de discuter. Mark Carney a parallèlement dénoncé des propos « indignes » après les moqueries de Scott Bessent sur l'armée canadienne et appelé l'administration Trump à cesser de « jouer les durs ».

La stratégie d'Ottawa suscite des interrogations sur sa capacité à résister à la pression américaine. La guerre commerciale s'intensifie alors que le Canada cherche à diversifier ses partenaires et à protéger ses industries. Le gouvernement prévient que les conséquences économiques à court terme seront réelles, mais il estime que céder aux exigences de Washington aurait des effets plus durables sur la souveraineté du pays. Les prochaines semaines diront si cette escalade conduit à une reprise des discussions ou à un durcissement supplémentaire des deux côtés de la frontière.

Noémie Weber

Auteur

Journaliste société

Noémie Weber couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.