Sport 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Assassinat du rugbyman Aramburú : l’amitié des accusés marquée par la violence et l’ultradroite
Le procès de l’assassinat de Federico Aramburú s’est ouvert à Paris. Loïk Le Priol et Romain Bouvier, jugés pour assassinat et tentative d’assassinat, décrivent une amitié née au sein du GUD, marquée par la violence, l’alcool et la fascination pour les armes.
« Nous ne serions probablement pas là. » Par cette phrase, Loïk Le Priol, 32 ans, ancien militaire des commandos marins, résume le fil qui relie son parcours à la mort du rugbyman argentin Federico Aramburú. Jugé depuis lundi devant la cour d’assises de Paris pour assassinat, il comparaît aux côtés de Romain Bouvier, 35 ans, poursuivi pour tentative d’assassinat. Les deux hommes, amis de longue date, avaient interdiction de se voir et de porter une arme dans le cadre d’une précédente affaire d’ultraviolence. Ils ont pourtant passé la soirée du 19 mars 2022 ensemble, à la terrasse du café Le Mabillon, au cœur de la capitale.
Cette nuit-là, après une bagarre alcoolisée, les deux accusés ont vidé leurs chargeurs sur l’ancien rugbyman international argentin. Dix balles ont été tirées en quatre secondes, dont six ont atteint la victime. Seuls les tirs de Loïk Le Priol se sont révélés fatals. Le caractère politique du crime n’a pas été retenu par la justice, mais le parcours des deux hommes, marqué par leur passage au GUD, une organisation étudiante d’extrême droite dissoute, dessine une toile de fond idéologique que la cour explore cette semaine.
Romain Bouvier, ancien étudiant en droit, minimise son engagement. Il affirme n’avoir fréquenté le groupe que six mois, essentiellement par amitié pour son chef de l’époque, Édouard Klein, et nie toute participation à des actions violentes. Interrogé sur la présence chez lui d’une édition rare de « Mein Kampf » datant de 1939, il explique ne pas parler allemand et avoir acheté l’ouvrage chez un bouquiniste parisien dans l’espoir de réaliser une plus-value. « Je le considérais comme un héros de guerre », confie-t-il à propos de son acolyte, dont il dit partager l’admiration pour le parcours militaire.
Loïk Le Priol, lui, se montre plus direct. S’il n’était pas « techniquement » membre du GUD, faute d’être étudiant, il reconnaît avoir adhéré dès l’adolescence aux valeurs véhiculées par le groupe : traditionalisme, culte de la force. Engagé dans l’armée, il a multiplié les missions à l’étranger entre 2012 et 2015, au Sahel, à Djibouti ou au Mali, avant d’être démobilisé en raison d’un syndrome post-traumatique sévère. Il se défend d’être un « facho » et évoque le « vivre ensemble » de l’armée, citant un frère d’arme qui lui a sauvé la vie.
L’année 2015 marque un tournant dans leur amitié, qui dérive vers une violence de plus en plus assumée. En février, ils tabassent deux fêtards montés dans le véhicule de Le Priol. En septembre, ils manquent de tuer une amie alors que Le Priol conduit en état d’ivresse. Trois semaines plus tard, avec d’autres membres du GUD, ils mènent une expédition punitive chez Édouard Klein, roué de coups, menacé avec un couteau, contraint de se déshabiller et filmé pour être humilié. Les deux accusés reconnaissent « un déferlement de violences et d’humiliations abjectes », mais affirment avoir voulu dénoncer la manière dont Klein maltraitait ses compagnes. Le président de la cour, Franck Ziantara, relève que la vidéo de l’agression montre surtout les agresseurs reprocher à leur victime de ne pas être un « vrai Français ».
Malgré leur mise en examen dans ce dossier et l’interdiction de se rencontrer, les deux hommes ont continué à se voir régulièrement, allant jusqu’à passer des vacances ensemble. Ils avouent également sortir fréquemment armés. Romain Bouvier explique avoir porté une arme par peur de représailles du père d’Édouard Klein, dont il refuse de révéler la source de l’information. Loïk Le Priol, lui, dit avoir commencé à s’armer pour se défendre après une tentative d’extorsion. « Qui est le vrai Loïk Le Priol ? », interroge le président. Celui qui s’engage pour la France ou celui qui multiplie les bagarres et bafoue son contrôle judiciaire ? « C’est un vrai paradoxe », reconnaît le trentenaire, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité.




