Le président hongrois Tamás Sulyok a annoncé samedi 18 juillet qu'il quitterait ses fonctions à minuit le lendemain, cédant à la pression du nouveau Premier ministre Péter Magyar et de la majorité parlementaire qui a adopté un amendement constitutionnel précipitant son départ. Cette décision met fin à un bras de fer juridique et politique engagé depuis que les députés ont voté la réforme lundi dernier, dans le cadre d'une vaste initiative visant à desserrer l'emprise de l'ancien dirigeant Viktor Orbán et de ses alliés sur les institutions du pays.
Dans une vidéo publiée sur Facebook, Tamás Sulyok a expliqué ne pas disposer « de moyens constitutionnels pour s'opposer à cet amendement qui, bien que violant les principes constitutionnels, a été adopté par l'Assemblée nationale ». Il a ajouté remplir « son obligation en vertu de la loi fondamentale en conscience après avoir évalué ses options juridiques ». Le président, nommé en 2024 sous le gouvernement Orbán, était considéré comme un allié fidèle de l'ancien Premier ministre nationaliste.
Péter Magyar, qui a remporté une victoire écrasante aux élections d'avril en promettant un « changement de régime » après seize années de règne de Viktor Orbán, a salué la décision du chef de l'État. « Le dernier obstacle à la mise en œuvre de nos décisions communes a été levé », a-t-il déclaré, affirmant que le départ de M. Sulyok ouvre la voie à des réformes profondes. Le nouveau dirigeant conservateur et pro-européen accuse le président et d'autres hauts responsables d'avoir été des « marionnettes » de Viktor Orbán.
La réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement ne se limite pas à la destitution du président. Elle rétablit notamment l'âge de la retraite obligatoire à 70 ans pour les juges de la Cour constitutionnelle, ce qui entraînera le départ de son président, Peter Polt, un autre allié de Viktor Orbán. Parmi les autres mesures figurent le rétablissement du pouvoir de la Cour constitutionnelle de contrôler les lois budgétaires, l'instauration d'une limitation du nombre de mandats pour les parlementaires et la création d'un nouveau Bureau national de recouvrement et de protection des actifs, doté de vastes pouvoirs pour lutter contre la corruption.
« Avec ces décisions, nous rétablissons ce que le régime d'Orbán a tenté de supprimer pendant des années: la certitude que le pouvoir peut être limité, que les biens publics peuvent être récupérés et que l'État peut à nouveau servir ses citoyens », a déclaré Péter Magyar, dont le parti Tisza est à l'origine de ces changements. Le nouveau Premier ministre avait fait de la lutte contre la corruption et du rétablissement de l'État de droit les piliers de sa campagne électorale.
De son côté, Viktor Orbán a réagi en des termes dramatiques, affirmant que « la dernière barrière est tombée » et que « la tyrannie n'est plus une menace, mais une réalité ». Le parti Fidesz de l'ancien dirigeant a organisé une manifestation la semaine dernière pour dénoncer la réforme constitutionnelle, la qualifiant d'« autocratique » – un reproche souvent adressé à Viktor Orbán lui-même lorsqu'il était au pouvoir. Certaines organisations de défense des droits humains ont également critiqué cette mesure, Human Rights Watch estimant que ces ajustements rappellent « l'ère du Fidesz ».
Tamás Sulyok a accusé le parti Tisza de Péter Magyar de bafouer les « valeurs fondamentales d'une société libre » par « soif de pouvoir », prévenant que cela signait la fin de « l'État de droit démocratique » en Hongrie. Le président sortant a toutefois reconnu ne pas avoir d'autre choix que de promulguer l'amendement, la Constitution hongroise ne lui accordant pas de droit de veto sur les réformes constitutionnelles. Il ne peut que les soumettre à la Cour constitutionnelle pour des raisons de procédure, une option qu'il a écartée après avoir évalué ses options juridiques.
Ágnes Forsthoffer, la présidente du Parlement, assurera l'intérim à la tête de l'État jusqu'à l'élection d'un nouveau président par l'Assemblée nationale, qui doit se tenir dans un délai de trente jours. Cette élection sera un test important pour la majorité de Péter Magyar, qui cherche à consolider son pouvoir après des années de domination du Fidesz. Le nouveau dirigeant a promis de restaurer les institutions et de mettre fin à ce qu'il décrit comme un système de corruption généralisée mis en place sous Viktor Orbán.
La Hongrie entre ainsi dans une phase de transition politique majeure, moins de trois mois après la défaite historique de Viktor Orbán aux élections législatives. Les réformes en cours visent à démanteler les mécanismes de contrôle que l'ancien Premier ministre avait installés pendant son long mandat, notamment en affaiblissant les contre-pouvoirs et en verrouillant les institutions clés avec des alliés fidèles. Le départ de Tamás Sulyok et les changements à la Cour constitutionnelle représentent des étapes décisives dans ce processus de « changement de régime » promis par Péter Magyar.



