Actualités 4 min de lecture Par Pauline Delorme
L'ex-djihadiste français Othman Garrido condamné à 30 ans de réclusion criminelle
La cour d'assises spéciale de Paris a condamné mardi Othman Garrido, 32 ans, à 30 ans de réclusion criminelle pour sa participation à une double exécution publique en Syrie en 2015. Il a été acquitté du chef d'assassinat concernant une autre victime.
La cour d'assises spéciale de Paris a condamné mardi Othman Garrido à trente ans de réclusion criminelle, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers. Cet ancien djihadiste français de 32 ans, originaire de Montpellier, a été reconnu coupable de meurtres en bande organisée pour sa participation à une double exécution publique commise en septembre 2015 à al-Qaryatayn, en Syrie, ainsi que d'association de malfaiteurs terroriste. L'avocat général avait requis la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de vingt-deux ans.
Il a en revanche été acquitté du chef d'assassinat concernant une autre victime. L'accusation reposait notamment sur une photographie montrant un homme au visage partiellement masqué près d'une tête décapitée. Le cliché, de mauvaise qualité, n'était ni daté ni géolocalisé, et les experts n'avaient jamais pu identifier formellement l'homme comme étant Othman Garrido. « La cour a tenu compte de son parcours en détention et l'a logiquement acquitté du chef d'assassinat », a déclaré son avocat, Me Antoine Ory.
Sa participation à la double exécution de deux Iraniens en 2015 a en revanche été retenue par la cour. Des photographies retrouvées dans un téléphone attribué à son épouse le montrent dans le pick-up transportant les condamnés, puis aux côtés d'Oumar Diaw et Yacine Rettoun, deux djihadistes français aujourd'hui morts. Les trois hommes apparaissent ensuite devant les corps décapités.
Ouvert le 14 septembre, le procès a retracé le parcours familial de l'accusé, parti en Syrie en 2012 à l'âge de 18 ans. Othman Garrido s'est décrit comme « né radicalisé » au sein d'une famille très religieuse dirigée par un père converti. L'avocat général a qualifié cette famille de « sous cloche, renfermée sur elle-même et radicalisée », ajoutant : « C'est une famille de combat islamiste. C'est une famille où les enfants ne dessinent pas les visages, où on achète une télé pour la caillasser ».
La défense a insisté sur l'influence de ce milieu familial et sur les « mécanismes sectaires » relevés par des experts, estimant que le jeune homme disposait de peu de possibilités pour s'en extraire. L'accusation a au contraire considéré qu'Othman Garrido et son frère aîné Oubey avaient progressivement pris leur autonomie avant de partir en Syrie, où le reste de la famille les avait ensuite rejoints. « Ils avaient le choix de sortir de cet embrigadement, pas facile, mais ils l'avaient », avait soutenu l'avocat général.
La question de l'évolution d'Othman Garrido en détention a enfin occupé une place importante dans les débats. Il a évoqué ses études, son suivi psychologique et sa prise de distance avec l'idéologie djihadiste, un parcours reconnu par les experts mais accueilli avec prudence par l'accusation. Me Louise el-Yafi, avocate de l'Association française des victimes du terrorisme, avait résumé cette incertitude : « Ni djihadiste convaincu, ni repenti parfait. Qu'est-ce qu'on fait de toute cette complexité ? » Avant d'ajouter : « Est-ce qu'il dissimule, est-ce qu'il est sincère ? La vérité, c'est que je n'en sais rien ».
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